Burn out parental


«Partout on doit faire mieux et plus, souligne le philosophe Fabrice Midal. Comme si le mantra de notre société était "Ça ne sera jamais assez". Au travail comme avec les enfants, le burn-out est la maladie de ceux qui veulent répondre à cette exigence de la société, l’idée qu’il faut se sacrifier. Ils veulent tellement bien faire qu’ils n’écoutent plus ce qu’ils vivent ni ce qu’ils ressentent. C’est de la maltraitance envers soi-même, une instrumentalisation de soi. Les gens qui font un burn-out sont mus par les meilleurs sentiments. Mais souvent ils s’entendent dire, en plus, que c’est leur faute : ils n’avaient qu’à mieux contrôler leurs affects. Alors qu’ils n’ont fait qu’introjecter la pression de la société.»
Mais la pression est tellement intégrée que ce sont désormais les parents qui l’entretiennent entre eux.
Le premier réflexe, pour s’en sortir, c’est de reconnaître qu’on est victime de cette pression, conseille Fabrice Midal. Constater ce qui se passe sans honte ni culpabilité. C’est notre société qui conduit au burn-out. Ensuite, se foutre la paix ! Même pas se dire qu’il faut se détendre ou s’occuper de soi. Non, c’est justement parce que l’on est trop appliqué à suivre des injonctions que l’on s’épuise. Il faut sortir de l’idée "Si je faisais quelque chose, ça irait mieux", et trouver une manière de faire qui ne réponde pas à la pression. Faire comme on le sent, même si c’est imparfait. Le mythe de la perfection est écrasant. Être humain, c’est faire des erreurs, ne pas être parfait.»
Accepter l’imperfection
Bonne nouvelle, dont on peut trouver la version joyeuse et vécue dans C’est décidé, je suis fabuleuse. Petit guide de l’imperfection heureuse, d’Hélène Bonhomme*, 30 ans, mère de jumeaux de 4 ans et demi, qui a créé son blog (fabuleusesaufoyer.com) rien que pour ça : se sortir elle-même du tunnel et secouer toutes celles qui sont encore à l’intérieur. «Je suis ravie de raconter mon histoire. C’est une histoire normale, explique-t-elle, avec un superconjoint qui a cherché à m’aider mais qui ne comprenait pas ce qui m’arrivait. J’avais vraiment plongé, et je peux témoigner qu’on s’en sort, et même plus forte. Nous ne sommes ni parfaites ni indignes. Ni toutes-puissantes. On n’arrive pas à tout faire, et c’est normal. J’ai accepté ma part de vulnérabilité et mon droit à l’erreur. Je me suis réconciliée avec moi-même. Avec le temps que j’ai dégagé pour moi (en acceptant de mettre mes petits à la garderie), j’ai construit cette communauté (30.000 visites par mois), à qui je répète inlassablement : "Profitez de ce passage à vide pour vous questionner, vous recentrer. Réinventez votre vie."» Qu’on se le dise, comme elle se plaît à le répéter : telles que nous sommes, nous sommes simplement fa-bu-leuses.
Le Figaro – Marie Cauro – 3 juillet 2018
*Deux ans après la naissance de ses jumeaux et sans avoir arrêté de travailler à l’extérieur, Hélène Bonhomme fait un burn out et décide de s’occuper de sa famille en arrêtant pour un temps son travail salarié. Elle écrit alors un livre et crée son blog.(note B.J)