Très intéressant envoi de Monika.


Faut-il obliger les enfants à participer aux tâches ménagères ?




Entretien avec Anne BACUS, psychologue clinicienne, auteur 100 façons de rendre son enfant autonome [Ed. Marabout].



La Croix : À partir de quel âge demander à son enfant de participer aux tâches ménagères ?

Anne Bacus : Le plus tôt possible ! Dès 18 mois ou deux ans, on peut demander à un enfant de verser les carottes dans la casserole pour la soupe, d’étendre les chaussettes avec nous ou d’essuyer la table. Il faut commencer à l’âge où c’est un plaisir pour lui de partager des tâches avec les parents.

On le fait d’abord sous forme de jeu, puis, un peu plus tard, on lui donne des petites habitudes qui le concernent personnellement. Lorsqu’il rentre à la maison, on lui dit de ranger ses chaussures à tel endroit, de suspendre son manteau et lorsqu’il se déshabille le soir de mettre ses vêtements dans le panier. On peut aussi lui demander de remettre les pièces du puzzle dans la boîte avec nous. Il en met trois et on en met dix-huit, mais on le fait ensemble et il en prend l’habitude.

Et à l’âge de l’école primaire ?

A. B. : Une fois que ces petites routines sont installées, on va lui confier, vers 6 ans, des tâches personnelles et des tâches collectives, que l’on fait pour le groupe. L’enfant tire la couette de son lit tout seul, met ses affaires au sale, essuie les miettes du goûter sur la table, mais aide aussi à vider le lave-vaisselle, à étendre le linge ou à nourrir le chat.

On peut déterminer une tâche précise pour chaque enfant, en tenant compte de ce qu’il aime. S’il est dégoûté par les éponges, par exemple, on évitera de lui demander de nettoyer la table. On peut aussi fixer un temps de service par jour et lui demander de participer en fonction des besoins.

Y a-t-il une limite à ne pas dépasser ?

A. B. : Les tâches doivent être adaptées à l’enfant et il ne faut pas qu’elles lui prennent plus d’un quart d’heure ou d’une demi-heure par jour, selon l’âge. L’objectif est de lui apprendre à faire les choses et de l’aider à devenir autonome, pas de l’assommer de travail !

Avant 6-7 ans, par exemple, il est inutile de lui demander de ranger sa chambre. C’est trop abstrait, surtout s’il y a beaucoup de fouillis. On peut ranger avec lui une fois par semaine et le reste du temps lui proposer de remettre les Legos dans le tiroir, de ramasser ses peluches ou de mettre son linge au sale. Il convient de lui indiquer des tâches précises car avant la préadolescence il ne comprend pas vraiment la notion de rangement.

Les ados sont à même de comprendre cette notion, mais il est parfois difficile de les convaincre…

A. B. : Ce qui va convaincre les adolescents de ranger leur chambre ou de participer aux tâches ménagères, c’est de leur faire comprendre que cela va les rendre autonomes. Un jour, ils vivront seuls et auront besoin de se préparer à manger, de s’occuper de leur linge et s’ils ne savent pas le faire ce sera un problème. Il faut leur expliquer qu’on ne leur demande pas de participer à la maison pour les embêter, mais pour leur permettre de grandir et de pouvoir se débrouiller seuls le moment venu.

Avec un préadolescent, par contre, il vaut mieux mettre l’accent sur le sens des responsabilités en lui disant qu’il fait partie d’un collectif où chacun a des taches à faire. C’est précieux de lui montrer qu’il appartient à une famille où tout le monde participe.

Quel que soit l’âge, il faut éviter les critiques et accepter que ce ne soit pas fait comme le parent l’aurait aimé. Même s’il faut parfois rectifier le tir, comme dans tout apprentissage, il est important de s’y prendre avec diplomatie.

Quels sont les bénéfices pour l’enfant ?

A. B. : En participant aux tâches ménagères, il apprend à faire les choses et à devenir autonome. Il intègre aussi le fait qu’il y a des contraintes dans la vie. Il faut ranger, nettoyer, même si ce n’est pas très rigolo parce qu’on ne vit pas dans un taudis. Enfin, l’enfant comprend aussi que les parents ne peuvent pas tout faire, qu’ils ont du travail et qu’ils ne sont pas à son entière disposition.


Recueilli par Paula PINTO GOMES
la-croix.com
13 juin 2018