"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" Rabelais

Cinq arguments contre la PMA

  05/04/2018 | FC Numéro 2099 | Par Antoine Pasquier

Aude Mirkovic
 ©H-RIBES-ITEM 
Aude Mirkovic, Maître de conférence en droit privé, spécialiste du droit de la famille
énumère les raisons de s’opposer à la PMA sans père, mesure phare de la révision des lois de bioéthique.

Toujours plus loin…

La révision des lois bioéthiques ne se limitera à la question de la PMA sans père. Elle touchera aussi au régime actuel de la PMA. Parmi les propositions figurent la suppression du consentement du conjoint dans le cadre d’un don de gamètes, l’extension au secteur privé lucratif du don d’ovocytes pour faire face à leur pénurie, et la possibilité d’autoriser une fécondation in vitro avec un double don de gamètes.

1. PMA généralisée
Admettre la PMA pour les femmes signifierait l’abandon du critère thé­­rapeutique actuel, puisque les femmes céli­bataires ou homosexuelles ne souffrent pas particulièrement de stérilité : la PMA serait alors accessible non seulement aux femmes mais, surtout, à tout le monde, y compris les couples hétérosexuels fer­tiles, numériquement les plus nombreux et qui constituent à n’en pas douter la véritable cible du marché de la procréation. Ce marché se hâtera, une fois le verrou thérapeu­tique levé, de proposer des prestations sur mesure pour choisir tel aspect chez l’enfant ou éviter tel autre non souhaité.
La PMA pour les femmes signifierait donc le passage à la PMA de convenance, non que la PMA devienne d’un coup un par­cours sans contrainte, mais parce que le recours à la PMA ne serait plus dicté par la nécessité médicale.

2. La PMA conduit à la GPA
À partir du moment où l’on se fonde sur une idée erronée de l’égalité pour inventer une prétendue inégalité, dont seraient vic­times les femmes céliba­taires et en couple de femmes, cette même idée erronée ne tardera pas à dénoncer une supposée injustice dont souffriraient cette fois les hommes du fait qu’ils ne peuvent pas porter d’enfants. Si les diffé­rences naturelles sont vécues comme des inéga­­lités, des injustices, alors les hommes subissent une injustice du fait qu’ils ne peuvent pas porter les enfants.

3. Marchandisation du corps
La PMA pour les femmes générali­serait le recours à des gamètes extérieurs qui devient non plus l’exception, mais sys­tématique, les dons de sperme ne suf­­fisant pas. La PMA pour les femmes aggraverait cette « pénurie ». Une solution déjà préconisée serait d’augmenter le nombre des apports en les rémunérant. Mais, si le législateur emprunte cette voie, rien ne justifierait de limiter la rémunération aux gamètes : la pénurie en matière d’organes pourrait, elle aussi, justifier la marchandisation généralisée du corps.

4. Violation des droits de l’enfant
Priver délibérément un enfant d’un de ses parents méconnaît son droit, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux, proclamé par la Convention internationale des droits de l’enfant.

5. Adoption détournée
La PMA au sein des couples de femmes prévoit le remplacement du père par l’adoption de l’enfant par la seconde femme. Pourtant, écarter délibérément le père de l’enfant de manière à ce que l’enfant n’ait qu’un seul parent connu, sa mère, et le rendre ainsi adoptable, constitue un détournement de l’adoption : l’adoption ne prive les enfants de rien, et certainement pas de leurs parents biologiques. Elle intervient au profit d’enfants déjà privés, par les malheurs de la vie, de leurs parents. Ce que l’adoption répare, la PMA sans père le provoque.