HISTOIRE REELEMENT VECUE N°08 - “INTERVIEW DE SERGE GAINSBOURG” C'ETAIT EN NOVEMBRE 1980 A LA FNAC DE TOULOUSE.




Je me souviens.
C’était en Novembre 1980, et ce fut ma première interview de star. Je venais de créer un journal fanzine, EUPHORIE, et afin d’alimenter la rubrique culture j’étais parti avec mon ami Eric Ledreau a la FNAC de Toulouse pour tenter d’interviewer Serge Gainsbourg qui venait de sortir son roman EVGUENIE SOKOLOV (roman sur un artiste solitaire et pétomane).
Serge Gainsbourg était assis devant ses piles de livres et les gens étaient tellement impressionnés qu’ils n’osaient pas approcher. 

Ils formaient donc un cercle autour de lui sans que quiconque n’ose franchir cet espace pour lui demander un livre dédicacé ou un autographe. Certains prenaient de loin des photos.
Eric Ledreau me dit “Bon c’est le moment ou jamais, Bernard, vas y essaye de lui parler”.
Alors je suis arrivé avec mon petit magnétophone Sony et je me suis présenté comme journaliste d’un simple fanzine toulousain. Il a paru trouver cela sympathique et j’ai demandé si je pouvais l’interviewer. Comme il voyait que les gens restaient encore à distance et n’osaient toujours pas l’approcher il a souri et il m’a dit qu’il était dispo et qu’à priori on avait du temps.
Il parlait très très doucement et je devais lui demander de répéter plusieurs fois ses phrases pour être sûr de comprendre. De même quand je posais des questions il n’entendait pas bien et c’est lui qui me demandait de répéter.

Après quelques questions banales sur son roman il m’a tout d’un coup fixé et il m’a dit “Tu vois le drame de ma vie c’est le masque. Il y a Gainsbourg et il y a Gainsbarre. Mais à force de jouer avec un masque, le masque me colle au visage et je n’arrive plus à le décoller”.
Puis il m’a fixé dans les yeux et il m’a dit “Si j’ai un conseil à te donner, petit, ne prends jamais de masque. Au début c’est pratique après on ne peux plus s’en débarrasser”.
 
Je n’ai jamais pris de masque (je n’ai ni perruque, ni cheveux teints, ni même lentilles de contacts, je m’assume en tant que chauve à lunettes) mais j’ai vu les dégâts que cela produisait sur ceux qui en prenaient, ceux qui voulaient paraître différents de ce qu’ils étaient vraiment pour épater ou pour tromper leur entourage.
Cela finit par les fatiguer, puis cela finit par les ronger. Ils ne savent plus qui ils sont vraiment et ils se retrouvent à devoir tout le temps jouer un rôle, celui qu’ils croient qui va les rendre plus sympathiques.

Voilà alors que ce souvenir me revient je voulais vous en parler, car peut être certains parmi vous hésitent à se faire passer pour autre chose qu’eux mêmes afin d’aller plus vite ou de séduire.
Il y a forcément un contre coup.

Merci à Serge Gainsbourg s’il m’entend pour ce conseil que je n’ai jamais oublié.

Bernard Werber
22 décembre 2017