"Le bonheur en famille" de B. Janilec



Les repas pris en famille sont toujours un moment de choix. Même si tout n’est pas toujours facile, c’est quand même là que passent et se passent des grands moments d’éducation et de connivence. Un bon repas, la chaleur de la famille, cela permet beaucoup de choses.

Un jour où vous ne vous y attendez absolument pas, arrive la conversation sérieuse à laquelle vous  ne pouvez et vous ne devez pas vous défiler. 

Nous sommes dimanche, et nous nous retrouvons tous les neuf pour déjeuner à la sortie de la messe. Les deux aînés qui étudient à Paris sont là et cela nous fait très plaisir. C’est le moment que choisit un de nos fils pour lancer d’un ton qui se veut détaché : « Vous savez pas ? Julie attend un bébé. » Je réfléchis vite et lance : «  Julie qui est avec toi en terminale ? » Oui, elle sortait avec Quentin et… et elle attend un bébé. » Je demande : « Et qu’est ce qui va se passer ? » « Julie et ses parents veulent garder le bébé, Quentin aussi, mais ses parents à lui, ne veulent pas. » Le silence se fait lourd autour de la table. Nous les bébés, on les aime, le plus grand regret des plus jeunes reste bien de ne pas avoir d’autres petits frères et sœurs. .. Et j’ai beau leur expliquer qu’un jour la famille est complète et que c’est bien comme ça, j’ai du mal à les convaincre. 

Bref le sujet n’est pas là mais plutôt à ce qui suit immédiatement. « Papa et Maman, si ça nous arrivait qu’est-ce que vous feriez ? » 
Il nous faut répondre juste et vrai, sans se précipiter.  

« La première chose dit mon mari tranquillement c’est qu’en général ce genre de surprise n’arrive pas par hasard. Vous vivez dans une société difficile où beaucoup de choses se sont accélérées. Brûler les étapes ne rend pas forcément heureux. ..On a du temps dans la vie… et ce temps permet d’avancer tranquillement et d’apprécier chaque étape. La vôtre en ce moment c’est celle des études et de l’amitié. Ce n’est pas la plus facile, mais c’est une des plus belles. » 

« OK, OK, mais ça ne nous dit pas ce que vous feriez ». 

C’est à mon tour de prendre la parole, je sens une angoisse monter chez moi : « Vous savez, ce bébé, ce serait notre petit fils ou notre petite fille. Pour nous il deviendrait le plus important des bébés du monde et serait le bienvenu chez nous, quoiqu’il arrive. » 

Le silence est profond autour de la table, je me tourne vers mon mari et lui demande : « Tu es d’accord ? » 
« Bien sûr", me répond-il avec un sourire, et en regardant les enfants il rajoute : 
"dites-vous toujours, aussi bien les garçons que les filles, que si de n’importe quel coin de France ou du monde vous avez besoin de nous, on essaiera de répondre présent…. et pour un enfant plus que pour tout le reste."
 Et il rajoute avec un peu de malice, 
"mais dites-vous aussi qu’il y a des choix qui sont meilleurs que d’autres.  Et si maintenant on prenait le dessert ? » 

La tension baisse d’un coup, les enfants semblent contents de ce qu’ils ont entendu et nous de ce que nous avons eu l'occasion de leur dire.
C’est bien le dimanche !