Pouvoir utiliser un simple bouquet de fleurs ou un mot pour décoller de l’ordinaire est une belle promesse.




 Je crois surtout qu’aujourd’hui, ce que j’avais notamment analysé dans mon enquête Le Premier Matin(Éd. Armand Colin), l’engagement personnel dans le sentiment et son expression font peur. 

D’un côté, l’amour apparaît comme «mièvre» comparé aux idées cyniques et utilitaristes, à l’humour cinglant et à la dérision méchante qui dominent dans certains médias. De l’autre, l’amour est présenté comme un produit de consommation alors qu’il est, dans son essence, incontrôlable. Il entraîne un changement identitaire et c’est cela qui fait peur. Il reste peut-être la dernière valeur qu’on ne puisse maîtriser. 

Il exige un oubli de soi, une mutation intérieure que peu de personnes ont envie d’opérer. Et ceux qui rentrent dans une logique de consommation consommeront mais ne rencontreront pas vraiment quelqu’un. En ce sens, je crois que l’amour est une énigme pour notre société qui cherche à tout contrôler.

Jean Claude Kofmann - le Figaro 9 février 2017