Faut-il «soigner» les enfants agités ?

Dans quel monde vivons-nous, si l’on doit invoquer le soin et peut-être même les médicaments pour simplement élever nos enfants?

Pour les enfants souffrant d’hyperactivité avec déficit de l’attention, tout doit toujours aller très vite.
Bruno Falissard, pédopsychiatre et membre de l’Académie nationale de médecine, nous éclaire sur ce trouble: l'hyperactivité avec déficit de l'attention (TDAH) qui interroge notre société.

Du point de vue clinique, ce trouble associe classiquement impulsivité, hyperactivité motrice et déficit de l’attention. 
On constate que les garçons sont plus touchés que les filles, mais il est difficile de dire avec précision combien d’enfants ou d’adolescents sont concernés car tout dépend du seuil d’intensité que l’on considère comme pathologique. Les études trouvent le plus souvent que 5 % des garçons en âge d’être à l’école primaire seraient atteints ; c’est sans doute une estimation excessive.

Dans tous les cas, le TDAH est fréquemment associé à de nombreux autres troubles (énurésie, opposition et provocation, mais aussi anxiété, dépression et plus tard addictions). 

Du fait même de sa formulation, le TDAH est un trouble très surprenant: depuis quand un enfant plein de vie et d’énergie relèverait-il de la médecine et de la psychiatrie en particulier? Dans quel monde vivons-nous, si l’on doit invoquer le soin et peut-être même les médicaments pour simplement élever nos enfants?

Pour ces jeunes, tout doit toujours aller très vite, ce qui, dans les formes modérées, peut avoir des avantages. Dynamiques, créatifs, spontanés, enthousiastes, leaders, résilients, fonceurs, à l’aise dans les situations de crise: autant de qualités qui peuvent donner des personnalités hautes en couleur et charismatiques. 
Mais, à l’extrême, cela devient vite invivable. Imaginez que dans votre vie toute forme d’attente soit inconcevable: couper systématiquement la parole, être incapable de rester assis en classe ou à table, tout perdre et oublier en permanence, traverser la route sans réfléchir, ne jamais écouter les autres, en particulier les adultes, être incapable de participer à un jeu de société car c’est ennuyeux, proférer des insultes, des méchancetés, tout ce qui vous passe par la tête… 
Rapidement vous serez détesté de tous, y compris de vous-même, au risque de vous marginaliser et de tomber dans la consommation de substances, la délinquance, etc.

 Certains patients présentent des formes pures, pour lesquelles la conduite à tenir est assez simple. 

Mais il est le plus souvent difficile de démêler les symptômes objectifs comportementaux de trajectoires de vie tourmentées et de vécus émotionnels particulièrement douloureux. Des parents viennent, ils disent: «Mon enfant est hyperactif», mais est-ce seulement cela? Que traduisent ces débordements moteurs? 





  Bruno Falissard 02/06/2017 Le Figaro