La question de la reprise du travail pour une jeune maman poule




(...) Ma fille est finalement née (eh oui !) le 22 avril 2014. Pendant huit semaines, nous sommes restées en amoureuses. La santé m’est revenue aussi vite qu’elle était partie. Le jour même de mon accouchement, je remangeais normalement, sans nausée. Rapidement, j’étais à nouveau capable de gambader. La reprise du travail était plus que jamais d’actualité. Mais je ne voulais pas voir plus loin que mon congé maternité.
C’est alors qu’il est arrivé, le coup de téléphone qu’on n’attendait pas. Ce n’était pas ma famille belge, car des petites qui ont un facebook sont capables de se garder toutes seules. C’était la librairie, qui avait un contrat de quatre mois à commencer le plus tôt possible à me proposer. Fort heureusement, je n’ai pas pu répondre au téléphone et ils m’ont laissé un message, ce qui m’a laissé, à moi, une soirée pour réfléchir (mais pas plus, au risque de sembler méprisante).
 
 Cette soirée a été extrêmement compliquée à vivre pour moi. J’oscillais sans cesse entre le cœur et la raison. D’un côté, ce travail qui me tombait dessus était une bénédiction, car vivre à trois sur un SMIC (celui de mon mari), ce n’est pas facile tous les jours. J’imaginais déjà tout ce que le fait de doubler nos revenus pourrait nous apporter, ce que ça apporterait surtout à ma fille, qui grandit avec le minimum niveau vêtements, jouets, qui dort dans notre chambre (sanglots de violons en fond sonore)…
De l’autre côté, ma petite est encore allaitée exclusivement, et il faudrait alors la sevrer en urgence, en l’espace de deux semaines (d’ici la fin de mon congé maternité). Et puis elle n’a même pas deux mois, je n’imaginais pas la confier à des étrangers si vite, des gens qui la laisseraient crier dans son lit alors qu’elle a juste hérité du délicieux caractère de sa maman besoin d’énormément d’affection et d’attention.
Je pleurais toutes les larmes de mon corps, sous les yeux médusés de mon époux qui ne comprenait pas (lui avait repris le travail depuis belle lurette).
Je les ravalais pour contacter le service petite enfance de la mairie pour savoir s’il y avait des places en crèche pour tout de suite. On pouvait effectivement me la prendre (me la prendre !) en urgence trois semaines, mais pas plus, et pas le samedi, et pas au-delà de 19h (dommage, nous travaillons tous deux dans le commerce, donc le samedi, donc au-delà de 19h).
Dans l’idéal, il serait mieux que j’essaie plutôt de contacter une nounou. Encore fallait-il en trouver une qui prendrait une petite de 2 mois tout juste, possiblement de 8h30 à 19h30 cinq jours par semaine, samedi compris, dès maintenant, mais peut-être pas au-delà de quatre mois. Bref, tout cela s’annonçait fort douloureux et compliqué. Mais à la fin de la journée, j’avais pris ma décision.
 
 En effet, j’ai fini par suivre mon envie, l’avis de mon mari et les conseils de mes amis sur facebook : j’ai décidé de ne pas accepter la proposition, même si on avait (énormément) besoin d’argent. Ma fille était trop petite, la faire garder relevait de la mission impossible, et mon cœur saignait à cette seule idée.
J’ai rappelé la librairie à la première heure (enfin, à 10h30, après avoir fait téter ma fille et avalé un morceau de brioche) pour leur donner ma réponse. Mon ancienne chef avait l’air heureuse de m’entendre (moi en tout cas, j’étais heureuse de l’entendre), m’a demandé si ça allait (oui), si j’avais accouché (oui), ce que c’était (un cochon d’inde, pourquoi ?), comment elle s’appelait (« Adèle ? C’est très joli. Ah non, Hazel ? Ah. ») et quel âge elle avait.
Quand j’ai annoncé qu’elle allait avoir 2 mois, elle m’a dit : « Oh ben du coup je suppose que tu veux rester avec elle encore un peu ? » Voilà, j’avais juste à dire oui, exit tous les arguments que j’avais préparés. Ça semble naturel de vouloir rester avec son tout petit bébé, ouf ! Elle m’a quand même demandé si je voulais reprendre le travail plus tard et s’il fallait garder mon numéro pour la prochaine offre. J’ai acquiescé et on s’est quittées bonnes amies. Je dois avouer que j’étais soulagée. Et pour le travail (et la richesse), on verra plus tard !

Tabitha Twitchit blog: dans ma tribu