J’aime être mère au foyer




Chère lectrice, chère amie (je peux t’appeler « chère amie » ?), toi et moi, et je pense qu’il est temps de faire mon coming out, de te dire la vérité toute crue, de ne plus me cacher derrière des « je dois », « il faut » et « c’est la vie ». Voilà, au nom de notre amitié, je te le révèle : j’aime être femme au foyer. Et je n’ai pas envie de travailler.
Alors, je sais, ça ne se dit pas. Il est de loin plus convenable d’arguer qu’on n’a pas le choix, que c’est pour le bien des enfants, que financièrement c’est même plus rentable que de dépenser de l’essence et de payer une nounou. Ou d’avouer tout simplement qu’on voudrait bien mais qu’une part de nous désespérément accrochée au petit être qu’on a mis au monde ne peut s’y résoudre (souviens-toi, c’est ce que je te disais moi-même dans mon premier billet). Ce sont des excuses souvent sincères et parfaitement valables. Mais ce serait mentir que de prétendre qu’il n’y a que ça.

J’aime être femme au foyer
Et, si je le pouvais, je le resterais au moins jusqu’à ce que tous mes enfants (oui oui, je songe déjà aux prochains) aillent à l’école. Si les aides sociales ou le salaire de mon mari étaient suffisants, c’est ce que je ferais.
Alors, je comprends ce que ça peut avoir de choquant. Nos grands-mères se sont battues pour leur émancipation, et voilà que je voudrais m’en remettre à mon mari ou aux aides de l’État. Un mari qui peut me quitter, et des aides financées par les honnêtes travailleurs (et travailleuses !) pour que je puisse me tourner les pouces à la maison.

Peut-être est-ce choquant parce que nous n’entendons pas la même chose par femme au foyer ? Dans ma tête, je ne suis ni un poids mort, ni la bonniche.
Pas un poids mort, car je m’occupe de ma fille (comme une assistante maternelle, mais 0% assistante et 100% maternelle), je la lève, je la lave, je l’habille, je la nourris, je l’emmène à ses rendez-vous (et aux miens !), je joue avec elle, je la console, je lui apprends de nouvelles choses, je l’endors, je la couche.
Pas la bonniche, car je n’assume pas seule l’entretien de la maison : quand mon mari est là, je lui demande de m’aider. Un coup d’aspirateur par ci, un bout de vaisselle par là, c’est toujours ça en moins que je devrai faire avec mon (gros) bébé dans les bras.
Et bien sûr, je lui demande de prendre soin de sa fille pour que je puisse m’occuper d’autre chose, et que le lien entre eux ne s’émousse pas. En tant que femme au foyer, je suis aussi la gestionnaire de la maisonnée. Je sais quand il faut faire les courses, des lessives, le ménage, des économies.
Est-ce que je suis très bonne à ce poste ? Je n’en suis pas certaine. Mais comme pour tous les métiers, j’acquière de l’expérience tous les jours.

Je n’ai pas envie de travailler
Voilà, c’est écrit en caractères gras. Tu peux me prendre pour une feignasse. Mais à vrai dire, ce n’est pas tant le travail qui me déplaît que le contexte. Je suis quelqu’un de dynamique, j’aime être occupée. Quand je n’ai rien à faire, je trépigne (heureusement, à la maison, il y a toujours quelque chose à faire !). Les tâches fastidieuses et répétitives ne me dérangent pas. Le travail intellectuel non plus, loin de là.
Mais je n’aime pas le monde du travail. Je le trouve injuste et compliqué. Injuste d’être jugé non sur sa motivation, mais sur son expérience et son bagou. Compliqué de devoir écrire cent cinquante lettres de motivation, de passer quinze entretiens pour se voir proposer un SMIC quand on a bac+5. Injuste de voir que dans une boîte, ceux qui grimpent les échelons sont toujours ceux qui osent, lécher des bottes et harceler la hiérarchie. Compliqué d’avoir des objectifs, une obligation de rendement et de ne pas se perdre en tant que personne là-dedans. Injuste de multiplier les CDD jusqu’à ce qu’on nous dise que c’est le dernier qu’on signe, merci et au revoir. Compliqué de tout reprendre à zéro et de repartir pour un tour.

Alors j’ai bien conscience que ce que je dépeins-là ne correspond pas à tous les boulots. Qu’on peut aussi être son propre patron, ou travailler dans une petite entreprise super cool. Qu’on peut avoir suivi une formation qu’on s’arrache sur le marché de l’emploi, et faire son job peinard, sans jamais être ennuyé par ses supérieurs. Mais ce n’est pas ce que moi, jeune diplômée dans un secteur peu porteur, presque sans expérience et sans contact, je peux espérer du monde du travail.

Et pourtant je vais reprendre le travail
Ben oui, rappelle-toi ce que je t’ai dit plus haut : « si les aides sociales ou le salaire de mon mari étaient suffisants, je resterais femme au foyer ». Comme dirait la marraine de ma fille, avec des scies, on coupe des arbres. Ce qui ne m’est d’aucune utilité, puisque j’habite en appartement.
Je ne vais pas devenir rentière du jour au lendemain (à moins que quelqu’un ait une vieille tante mourante et riche à me prêter… ?). La réalité, c’est que si je veux un trois pièces avec une chambre pour la petite et ne pas faire mes courses aux Restos du Cœur, la meilleure solution, c’est de me bouger les fesses et de chercher un boulot. Peu importe lequel, au fond.

Ça me déchire le cœur par avance de confier ma fille (d’ailleurs il faudrait que j’appelle la crèche, mais je n’arrive toujours pas à m’y résoudre). Et ça me casse franchement les pieds de devoir retourner dans l’arène aux lions, parce que mon mari n’est pas ingénieur, et que je n’ai pas de talent particulier qui me permettrait de rester travailler au chaud chez moi. Mais pour le coup, je dois, il faut et c’est la vie.
En attendant, ma chère amie, je profite à fond de ma vie de femme au foyer, et je m’en vais de ce pas faire la vaisselle !

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