Faire la paix avec votre mère peut changer votre vie



Par Mylène Bertaux | Le 27 avril 2017

Tout droit venu des États-Unis, le terme mother wound désigne la blessure laissée par l'éducation de votre mère. Comment s'en remettre et aller de l'avant ?
Freud n'a qu'à bien se tenir, son célèbre complexe d'Œdipe vient de se faire doubler par un autre terme fraîchement débarqué des États-Unis, le mother wound, littéralement «blessure de mère». Cette souffrance psychique, souvent inconsciente, trouve son origine dans la relation mère-fille et conditionnerait votre comportement, votre rapport aux autres et votre propre rôle en tant que mère. Au point même, quand la relation a été toxique, de vous handicaper dans l'atteinte de vos objectifs et de votre bonheur, tant que la plaie n'est pas refermée.
Pour la psycho-sociologue Patricia Delahaie, dont le dernier ouvrage La Relation mère-fille, les 3 clés de l’apaisement vient de paraître aux Éditions Leduc.s, nous ne sommes pas condamnées à vivre avec cette souffrance. Nous pouvons pardonner, cicatriser et nous «ajuster à ce que la relation peut proposer de meilleur».

Conseiller, protéger, aider
Quand la mère est à la mauvaise distance, la relation devient toxique
S'il existe une souffrance, c'est que la mère «idéale» a un rôle complexe, difficile à tenir, et les filles des attentes élevées. «À la fois éducatrice, source d'inspiration, mais aussi femme elle-même, une "bonne mère" doit regarder sa fille pendant que celle-ci regarde vers son avenir», illustre l'auteure. «Elle est à la fois un guide, avec une place générationnelle antérieure, une personne qui conseille, protège et aide. Sans compter qu'elle a ses propres blessures et n'est pas toujours capable de bien se positionner.»
Et l'auteure de poursuivre : quand la mère est «à la mauvaise distance, l'équilibre est rompu, la relation devient toxique». C'est le cas des «mères-copines» qui placent leurs filles en position de confidentes quand celles-ci ont besoin d’«une éducatrice qui leur explique les codes de la société».

Quand l'équilibre est rompu
Comme si toutes ces difficultés ne suffisaient pas, il peut aussi arriver, à la suite d'une difficulté, d'un événement ou d'un drame, que les mères se «désajustent». Moins la mère «gère, plus la fille proteste d'abord par de petits signes (reproches, prise de distance, ou provocations) et puis, si elle n'est pas entendue, en présentant de véritables symptômes». Mais, aux yeux de l'auteure, le plus important est la relation dans la durée, même après un passage à vide.

Comment guérir cette blessure ?
Face au manque de communication, comment faire enfin la paix avec l'autre et soi-même ? Pour Patricia Delahaie, la cicatrisation passe par trois étapes-clés. Premièrement «comprendre ce qui nous est arrivé» : où est la blessure ? Deuxièmement, «questionner les malentendus» : qu'est-ce que j'ai compris du comportement de ma mère ? Que voulait-elle vraiment dire ? L'apaisement arrive à ce moment-là, quand les problèmes de compréhension mutuelle cessent : la mère reconnaît les souffrances de sa fille et cette dernière pardonne à la femme d'être imparfaite. Enfin, quand les deux parties se sont comprises, elles peuvent s'ajuster à ce que la relation peut proposer, le plus harmonieusement possible». Bien que la psycho-sociologue mette en garde : «C'est une relation humaine, par essence, imparfaite».

  • Madame Figaro