Portrait des "wonder women" par le journal Le Monde.


Horrible! mais à les entendre, tout est de la faute des enfants.
C'est eux qui sont de trop, pas le travail bien sûr!

Extraits:
"Elles ont couvé leur enfant pendant neuf mois mais ne le supportent pas plus de dix minutes. Bienvenue dans le royaume des mères de famille en burn-out.
« Je te préviens, je ne répéterai pas ! » Et si c’était ça, le cri de la mère dépassée, celle que ses enfants n’écoutent plus et que ses voisins entendent trop ? A force de prêcher dans le désert, Caroline Salomon, 40 ans, avocate à Paris et mère de trois enfants, a fini par le faire : devant ses enfants médusés, puis sanglotants, elle a quitté la plage où elle passait la journée en famille sans un mot. « Ça faisait une heure que je leur disais : “on s’en va”. J’en ai eu marre et je suis partie. Maintenant, ils m’écoutent… parfois. »
Ces mères racontent toutes la même histoire, celle de matins pressés et de couchers qui s’éternisent, de consignes mille fois répétées et de colère foudroyante. Caroline Salomon en arrive même à regretter le temps où elle fumait – « c’était génial ». Un moment pour se calmer, seule sur son balcon.
Mais qu’est-ce qui a bien pu transformer ces douces créatures, ces femmes-monde qui portaient la vie d’un air serein en mégères aigries, hurlantes, hirsutes ?

« Moi qui n’ai jamais crié, je ne me reconnais pas, s’étonne Sonia Russo, 44 ans, mère de trois filles et belle-mère d’une quatrième, qui travaille au service communication d’un groupe bancaire en région parisienne. Parfois je regarde les photos, et je me dis : elles sont si mignonnes, je ne vais plus m’énerver… Mais en live elles sont insupportables ! »
La quadra s’oblige même à faire des exercices de ¬respiration dans l’ascenseur en rentrant chez elle. Trois étages pour se calmer. Elle sait que, dès le seuil franchi, quatre tornades lui sauteront dessus.
« “Maman”, ce mot si merveilleux la première fois que je l’ai entendu est devenu mon pire cauchemar, sourit-elle. Chez moi, je suis Shiva : j’arrive du boulot, je suis passée acheter le stylo-plume qui manquait et le jus de fruit pour le lendemain. Je voudrais juste me ¬poser, mais je ne peux pas. » Sonia Russo s’occupe seule de l’aspect matériel de la vie des enfants : « Mon mari a lâché, il rentre du travail quand elles sont couchées en me disant : “On est mieux tous les deux !” »

LE MONDE | 17.02.2017 Laure Mentzel