"Le bonheur en famille" Janilec




Notre fille est en grande section de maternelle. Sa grande sœur, lui ayant appris à lire pour pouvoir jouer avec elle, elle est dégourdie comme personne et sa maîtresse qui a découvert la chose, s’amuse aussi à lui enseigner tout ce qui peut l’intéresser… et nous propose de lui faire sauter une classe.
Nous les parents, nous n’avons pas encore pris la mesure du problème et j’ai tendance à camper sur mes positions. Nous déménageons trop souvent pour nous compliquer la vie, il vaut mieux que les enfants soient en tête de classe dans leur niveau, plutôt que de tenter une manœuvre hasardeuse de saut de classe.
Mais la maîtresse est têtue. Elle me convoque à la fin de l’année, comme elle me l’avait fait entendre au moment de Noël. Lorsque j’arrive, elle pousse tous les bambins dans la cour et ne garde que notre fille.
«  Bonjour madame, je voudrais vous montrer quelque chose.» 
Elle appelle notre fille et les deux complices me servent un numéro sans bavure.
La maîtresse pose des questions de plus en plus difficiles, en lecture, en calcul, en compréhension, en connaissances générales, et notre mignonne petite fille, répond à tout sans sourciller.
Je suis scotchée sur place. Je n’en reviens pas, c’est vrai qu’elle est dégourdie celle-là ! La maîtresse comprend que je commence à réaliser et me lance : « Si vous la mettez en CP l’année prochaine, elle va s’ennuyer pendant un an et se dégoûter de l’école. A votre place, je ne m’y risquerai pas.  Il faut lui faire sauter le CP. » 
Sauter le CP, la classe la plus importante de la scolarité, elle n’y pense pas ? En fait, si, elle ne pense qu’à ça et me démontre par A+B que c’est l’évidence même. Puisque notre fille sait lire et compter, il faut y aller. 

Lire, oui, compter peut-être, mais elle ne sait pas écrire.  « C’est vrai dit la maîtresse, ce sera à vous de lui apprendre à écrire pendant les vacances. »
Boum, je savais bien que d’une manière ou d’une autre je serais à la fête. Je regarde notre fille, oh ! elle, elle s’en fiche. Elle ne voit pas très bien ce qui se trame autour d’elle et de toute manière elle fait confiance…
Pour conclure, la maîtresse me lance son dernier exocet : "Vous savez" me dit –elle, "voilà ce qui me fait dire qu’il faut lui faire sauter le CP:   l’autre jour je lui ai demandé d’aller me chercher trente assiettes en plastique pour le goûter. Non seulement elle m’a apporté le compte juste, mais en plus je l’ai vu, elle les comptait deux par deux. Même en CP les enfants pour la plupart n’en sont pas capables."
OK, Je commence à comprendre les jeux de cartes plus acharnés les uns que les autres qui font ressembler la chambre de nos filles à un vrai tripot. Merci la grande sœur!
Bon, je vais en parler à mon mari, mais c’est tout vu, il sera pour.
Les vacances seront studieuses cette année !