Philippe Bilger magistrat honoraire déplore l'appauvrissement de la langue française et du savoir-vivre qui l'accompagne.



La parole, l'écrit, la politesse, le savoir-être et le savoir-vivre lui-même sont victimes en effet de la dégradation du langage, du délitement de la langue.

Ils résultent très directement d'une faillite de l'institution scolaire et du fait qu'à tous les niveaux la langue n'est plus perçue pour ce qui devrait la faire considérer: non pas seulement un outil de transmission mais une preuve de civilisation, un indice éclatant de la puissance et de l'influence d'un pays.
J'ose soutenir que le déclin du langage relève de cette immense déstructuration, de cet avachissement qui font se dégrader institutions, comportements publics, œuvres culturelles et tout ce qui, de près ou de loin, était destiné auparavant à illustrer, magnifier, à être porteur d'universalité et d'humanité. 

Le passé exemplaire est de moins en moins l'objet d'un culte, de plus en plus l'occasion d'un rejet.
Le langage qui s'étiole, sa richesse qui s'enfuit, sa pureté qui dégoûte, son excellence qui fait peur constituent la manifestation d'une nation qui ne se respecte plus elle-même et qui ne privilégie pas le rapport avec autrui mais seulement l'enfermement en soi - avec le risque de faire seulement coexister une multitude d'autarcies engluées dans la médiocre communication d'une modernité dévoyée.

Quand on ne parle plus qu'à soi, la langue est inutile. Le langage, c'est toujours pour les autres.
La langue qui meurt, c'est un peu de nous qui se perd, beaucoup de notre France qui fuit.