Les enfants sont affectivement négligés et beaucoup moins sécurisés. Boris Cyrulnik




Les nouveaux traumatismes sont, selon moi, ceux de la négligence affective. Sous l'effet des progrès technologiques et dans une société qui privilégie l'intellectualisation, les enfants sont affectivement négligés et beaucoup moins sécurisés. Anna Freud disait : « Les enfants ne s'attachent pas mieux aux parents qui ont le plus de diplômes ». Les enfants s'attachent à qui parle, qui joue, qui les nourrit, qui les gronde. Donc, les enfants aujourd'hui ne s'attachent plus à leur mère, absente, mais à la femme de ménage, à la nounou, ou au jardinier. C'est celui qui a le moins de diplômes qui provoque l'attachement !


Les parents seraient moins « sécurisants » que par le passé ?

Les hommes et les femmes font aujourd'hui des progrès individuels incontestables, mais ils n'ont plus cet effet sécurisant qu'offrait le grand-père qui apprenait à pêcher, ou la maman qui apprenait à faire une tarte. Or, c'est très important de savoir faire une tarte, parce qu'on la partage ensuite. On fait une tarte « pour » : pour l'offrir dimanche quand grand-mère viendra, pour la partager avec les voisins…


Travailler « pour », vivre « pour » : c'est la question du sens ?


Exactement. Dans notre société, le sens est pulvérisé. Notre culture de la consommation et l'accélération du temps n'offrent plus la durée qui permet de donner sens. Or, si nous ne sommes pas capables de redonner du sens au monde, nous redeviendrons soumis aux choses et à nos pulsions.

Pour qu'une existence prenne sens, elle doit s'inscrire dans une histoire. Je vais me retourner sur mon passé, voir qui j'ai été, mes points forts, mes points faibles, mes hontes, mes fiertés… J'utilise le passé pour bâtir un projet d'avenir. On ne peut donner sens que s'il y a une histoire et un rêve. Or, dans notre culture, on connaît de moins en moins l'Histoire. On est happé par la consommation immédiate.