"Le bonheur en famille" Janilec


Panne d’électricité
Il peut faire très froid l’hiver en Auvergne et c’est le cas cette année-là. Il neige depuis plusieurs jours et le jardin est tout blanc. Bernard est parti à Paris pour une réunion et je suis bien tranquillement à la maison avec nos trois enfants. Ils sont encore petits et les journées sont bien chargées. Nous avons dîné tôt et je viens de les coucher. La soirée m’appartient, je suis bien contente.

Un peu de rangement, je lance les machines et je me mets en quête d’un bon livre. Un grand bain, un bon livre, une maison qui dort, du temps pour moi, voilà un morceau de bonheur. Je m’installe et plonge avec délice dans l’eau bien chaude et dans mon super roman policier. Je n’ai pas le temps de tourner la page que tout devient noir.
Ah, non ! Pas aujourd’hui, pas maintenant !

Et si, il faut bien se rendre à l’évidence, les plombs ont sauté.
Je réfléchis, voyons qu’est-ce que j’ai mis comme machines à tourner ? Bon sang, bien sûr, j’ai branché les deux machines à laver plus le sèche-linge, et ça, ça ne tient jamais, le compteur n’est pas assez puissant.
Je m’en veux, je m’en veux vraiment!
Heureusement que c’est éteint chez les enfants, déjà il n’y a pas de panique de ce côté-là. J’attrape de quoi me couvrir, et je tâtonne vers la lingerie. Avec un peu de chance c’est ce compteur-là qui aura disjoncté. Je prends la lampe de poche et ouvre le placard.
Soupir, non, là tout est en ordre, il va falloir aller dehors.
J’arrête une des machines à laver, j’enfile mon anorak, chausse mes bottes de neige et me dirige à grandes enjambées vers le garage. J’enfonce dans la neige qui continue à tomber. Dans le garage tout est en ordre aussi. Ce n’est pas ce compteur-là non plus qui a sauté. Pas de veine c’est celui de l’entrée du jardin, près de la route.
Il faut que j’aille jusque là-bas. Ça fait une petite trotte.

J’éteins ma lampe, la lumière blafarde qui vient je ne sais d’où éclaire assez …mmmmhhhh, je commence à goûter le plaisir de marcher dans la neige immaculée avec tous ces flocons qui tombent et le léger crissement de mes bottes.
Le jardin est très beau sous la neige et dans cette lumière. Quel silence ! Là-bas ouf, c’est bien ça.
J’appuie sur le bouton et je regarde la maison. C’est bon, ça marche. La lumière s’est allumée.

Je reviens tranquillement, remets un peu d’eau chaude dans la baignoire, rouvre mon livre avec bonheur…et clac, 22 heures tarif de nuit, le cumulus vient de se mettre en marche et comme je n’avais pas bien fermé la porte d’entrée pendant mon excursion, les radiateurs tirent eux aussi.

Il refait nuit dans la maison. Je ne trouve plus ça drôle du tout… Vous ne devinerez jamais quel compteur a disjoncté ? Celui du bout du jardin bien sûr !!! Je ressors, même le jardin est moins beau.
Mes précédentes traces de pas gâchent tout. Je reviens vers la maison et n’aspire plus qu’à une chose, mon lit et une bonne nuit.
Bien sûr, demain les machines n’auront pas tourné et je me retrouverai avec tout à faire, mais demain, c’est un autre jour.
Qu’on est bien dans son lit.