Florence Servan-Schreiber :




« Pour être heureux, il faut créer, contribuer et transmettre »


Pour vous, c’est quoi être une maman ?
À la naissance de mon premier-né, Arthur, c’est comme si tous les domaines de ma vie passaient en vrac à la machine à laver. Professionnellement, j’étais dans un monde masculin.
Après le congé maternité, je suis retournée travailler comme si rien ne s’était passé, comme si je n’étais pas la personne que j’étais en train de devenir. Le monde avait continué sans moi. J’étais complètement déconnectée mais j’étais contente de revenir.
C’était important pour moi de retrouver cette étiquette professionnelle. 


Quand on me demandait : « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », j’étais incapable de répondre : « je suis maman. » Pour certaines femmes, « être maman » donne un rôle suffisant. Moi, je n’ai pas été élevée comme ça. Être maman « tout court » ne suffisait pas. Il fallait être une maman « qui écrit », une maman « qui milite », une maman « qui s’engage »…Être maman pour moi, c’était une occupation. J’accordais moins de valeur à ce métier (qui est en fait un sacré métier !), parce qu’il ne rentrait pas dans mes repères.
C’était une activité non reconnue par moi-même. 

Deux ans et demie plus tard, j’ai eu Pénélope. Ça a été une révolution totale : « quelles valeurs vais-je transmettre à cette petite fille ? » J’étais complètement larguée. Ayant été élevée par des parents féministes, j’ai fait une grande découverte : les garçons et les filles, ce n’est pas pareil…!
C’est là que j’ai commencé à laisser grandir cette personne à l’intérieur de moi, une personne plus « animale ». Je ne voulais pas être un petit soldat dans un univers masculin. J’ai quitté mon job. J’ai complètement pété mes plombs intellectuels parce que je voulais enseigner à Pénélope des valeurs créatives.
J’avais besoin d’être plus libre. Je suis devenue rideaulogue* et j’ai même lancé une école de couture d’ameublement. Aujourd’hui, être maman pour moi, c’est perdre tous ses repères et accepter de devenir une nouvelle personne.