Maman, dès toute petites, soyez proche de vos filles, elles ont tant besoin de vous!



L'inquiétante arrivée de la prostitution dans les collèges
Par Nicolas Basse | Le 10 avril 2015 Le Figaro
« En quatrième, j'ai pratiqué des actes sexuels avec un garçon de ma classe dans les toilettes du collège pour 15 euros. Pour moi, ce n'était pas très grave, d'autres copines l'avaient déjà fait. Aujourd'hui, j'ai tellement honte... » À 14 ans, Julie (1) habite dans les beaux quartiers de la capitale et n'est pas la seule à s'être ainsi prostituée. C'est aussi le cas de Caroline (1), qui habite dans le 17e arrondissement de Paris : « L'année dernière, j'ai fait une fellation et pratiqué la sodomie avec deux garçons pour avoir un téléphone. J'avais 13 ans. » Elles font partie des dizaines de jeunes filles qui ont fini par craquer et tout raconter à leurs parents. Ensuite, elles ont vu des psys, certains travaillant avec des associations qui alertent aujourd'hui sur l'ampleur de cette prostitution infantile dans les toilettes des collèges. 
« Ce phénomène s'étend », assure la pédopsychiatre Martine Guyart (1), spécialisée dans l'accueil des jeunes se prostituant. Dans son cabinet situé dans le 16e arrondissement de la capitale, elle a « reçu, depuis la rentrée, une dizaine de jeunes de l'ouest parisien qui ont échangé leur corps contre une petite somme ou un objet. S'il ne faut pas s'affoler, la société doit réaliser que cela se développe. »

Pour les associations, il faut lever le tabou de la prostitution occasionnelle. Celle qui ne semble « pas grave », si l'on en croit le discours des jeunes filles. Et que personne ne parvient à stopper faute de prévention. « Les professionnels de l'éducation et du social, comme les associations, ne sont pas du tout sensibilisés à ce problème. Alors comment voulez-vous que des comportements déviants soient détectés ? regrette la présidente de l'ACPE
Quant aux jeunes, ils découvrent souvent trop tard les effets néfastes de ce commerce qu'ils croyaient anodin. « L'une des raisons de cette inconscience est une "désanctuarisation du corps" chez pas mal de jeunes. Ce n'est plus quelque chose de très intime, d'extrêmement précieux. Et cela s'est accentué avec le libre accès à la pornographie. Désormais, faire une fellation pour quelques euros ce n'est "pas grave" », explique la pédopsychiatre Martine Guyart. « Forcément, les actes augmentent. D'ailleurs, certains enfants que je vois ne se rendent même pas compte que c'est mal et interdit. » La professionnelle s'inquiète de voir le sujet rester tabou. « très peu d’études », aucune mesure concrète, pas de campagne de prévention... Des milliers de mineurs se prostituent, et on ne fait rien. »
 (1) Les noms ont été changés.