"Le bonheur en famille" - B. Janilec




J’aime les petits marchés de Noël et tout ce qui s’y rapporte. Je ne suis pas la seule et notre fils en a fait une bonne moisson de photos. La série la plus amusante est celles qu’il a prise à Metz sur la petite patinoire installée devant la statue de Ney, place de la République. On y voit des patineurs de tous les âges et les plus âgés ne sont pas forcément les moins bons. 
La photo que je préfère est celle d’un Monsieur assez âgé. Il patine comme dans les vieux livres pour enfant, les mains croisées derrière le dos, le corps un peu penché en avant et il lance tranquillement une jambe pour glisser tandis que l’autre est repliée derrière. Il a beaucoup d’allure, et la photo est très réussie. En regardant ces photos des marchés de Noël,  je me réjouis que notre fils ait été à l’école et n’ait pu prendre de photos un certain jour de décembre …
En fait, je revenais de la radio où j’avais enregistré mes chroniques et c’était l’heure du déjeuner. Comme d’habitude je passais par la place Saint Louis et arpentais ce joli petit marché de Noël. Les chalets étaient ouverts et les objets les plus divers scintillaient sous le soleil.
Il était midi et de bonnes odeurs se répandaient partout. Celle qui me faisait le plus envie c’était celle du vin chaud.
Je pense: "Aujourd’hui, à la maison, personne ne rentre déjeuner, tout le monde est à la cantine!
Il fait bien froid, un petit vin chaud rien de tel pour contrer les rigueurs de l’hiver."
Je me mets donc dans la queue de la boutique.  Devant moi, une dame achète une chope décorée aux couleurs de Noël. Quand elle est servie, le monsieur me demande si je veux la même chose. Non, pas du tout, ce que je veux, moi, c’est un grand verre de vin chaud. Un GRAND verre? Le Monsieur me regarde un peu étonné, me sert, et je m’en vais ravie. 

Le vin chaud à jeun, je n’ai pas vraiment l’habitude. Rien que de sentir les effluves du vin et de la cannelle….Je goûte. C’est très chaud et très bon. Ça ravigote !!! Ça ravigote même beaucoup ! Le verre est grand, je n’en ai pas encore bu la moitié et j’ai déjà la tête qui tourne ! Je comprends très vite que le marchand n’avait pas tort d’être étonné. J’ai peut-être été un peu présomptueuse. 
Je me dirige vers une boulangerie et demande le plus gros gâteau au chocolat. Je n’en ai pas mangé trois bouchées que je suis complètement écœurée. Je remonte la rue de la tête d’Or un sourire béa jusqu’aux oreilles.
 J’ai bien chaud, un peu trop peut être et je n’ai qu’une idée, rentrer vite à la maison en espérant que personne ne me reconnaisse et engage la conversation. 
Il y  une chose dont je suis sûre, c’est d’être capable de raconter beaucoup de bêtises… mais je pense avec bonheur que notre fils est au lycée. 
Aucune chance de le rencontrer lui et son appareil de photo.
Sauvée !