"Le bonheur en famille": Choisir son gâteau, toute une affaire !



Lorsque nous déjeunons chez mon Père le dimanche, il l’habitude de nous offrir  des gâteaux pour le dessert.
Comment régler un problème aussi important que de savoir qui va choisir en premier son gâteau. Comment faire pour ce qui doit être une fête ne se transforme pas en un gigantesque pugilat.
Une fois ou l’autre on peut dire : « On commence par le plus jeune" ou bien « on commence par le plus âgée. »  On dit déjà plus difficilement « celui du milieu commence à choisir »  ou bien "la deuxième fille ou le troisième garçon choisit d’abord »  etc, etc...  Très vite on crie à l’injustice !
Cela devient fatigant et ces desserts ne sont plus sujet de réjouissances et de régal mais de pleurs et de grognements. Trop bête ! Il devient difficile d’apprécier et de bien digérer dans ces conditions et j’en arrivais même à redouter ce qui aurait dû être un pur moment de plaisir.

Mon Père un jour, nous fit un cadeau encore plus grand que ses gâteaux. Au moment où arrivèrent les assiettes de gâteaux il dit très sérieusement à notre aînée : « Toi qui est dégourdie, est-ce que tu pourrais me passer la bouteille de vin. » Lorsque ce fût fait, il appela les deux garçons et leur demanda de dire un chiffre entre 1 et 9.
  « 3 » dit le premier, «  5 »  répondit le second après un moment d’hésitation. Mon Père compta alors la troisième ligne de l’étiquette de la bouteille, puis la 5ème lettre de la ligne et annonça tranquillement "E". Tout le monde se regarda avec étonnement et attendit la suite. 
"Qui a un prénom qui commence par un E." demanda-t-il  «Moi, moi cria notre benjamine de l’époque. » Et c’était vrai.
« Vas-y » dit mon Père « aujourd’hui c’est toi qui choisis la 1ère ». Les yeux émerveillés de la petite fille faisaient plaisir à voir.
« Après, grand-Père, après c’est qui ? »
« Après », dit mon Père "on descend l’alphabet et c’est au tour de celui ou de celle dont le prénom commence par cette lettre qui devra choisir". Tout le monde récita en cœur :
« F,G,H,I,J J,J,J, J comme Jean, c’est à vous grand-père, c’est à vous. »
 Et on continua ainsi ! La paix revint dans la famille et depuis ce temps nous nous amusons de la surprise des amis petits ou grands qui découvrent le système et se prennent au jeu. 

Mais en fait tout n’était pas gagné car très vite les malicieux qui avaient le privilège de choisir les premiers se mirent à choisir pendant des heures pour la plus grande fureur de ceux qui attendaient. Que faire ? On sentait bien qu’il suffisait de pas grand-chose pour que la procédure soit parfaite ou presque. 
Quelques cogitations firent remonter dans ma mémoire une ritournelle qui devait faire l’affaire. Cela n’a pas été long. Il a suffi d’une fois pour l’adopter et depuis ce jour, dès qu’un des convives est un peu long à choisir on entend l’assemblée qui d’un seul chœur chante : « un deux trois passe-tour chinois » Cela ne veut rien dire mais c’est efficace. 
Gare à celui qui n’aura pas choisi dans les temps. Son tour est passé et il ne reviendra pas.
B. Janilec