"Le bonheur en famille"



Avec toutes les mutations auxquelles nous avons dû faire face, louer une maison ou un appartement pour nos 7 enfants,  n'a jamais été évident. Le plus souvent en  privilégiant la situation et la taille, au confort et à l'état du lieu, nous avons dû activer largement notre sens aigu du système "D".

Lors de notre deuxième affectation en Auvergne, notre maison était une grande et belle maison, construite au début du siècle dernier par une famille d’avocats. L'époque florissante étant largement passée, l'état général nous valait un loyer modique qui nous convenait parfaitement.
Les caves contenaient des trésors étonnants et visiblement oubliés des propriétaires. Ça allait de la première espèce de magnifique machine à laver en bois, aux jouets en fer blanc datant de la guerre.
On y voyait aussi une collection étonnante de toutes les chaudières plus ou moins perfectionnées qui s’étaient succédées dans cette maison. La dernière avait beau être récente, elle n’était pas suffisamment efficace pour contrer le froid qui s’infiltrait partout, sous les portes ou par les fenêtres.
La cheminée du salon faisait ce qu’elle pouvait pour nous apporter un peu de chaleur mais les amies qui très régulièrement se réunissaient chez nous, n’hésitaient pas à garder manteau, écharpe et gants pour essayer de résister au froid.
Cela faisait beaucoup rire les enfants et ils enfilaient chandails supplémentaires et grosses chaussettes les jours les plus terribles avec bonne humeur. 

Par souci d’économie, nous baissions la température de la chaudière lors de nos absences pour les vacances de Noël ou de février. La maison se transformait alors en glacière si par hasard le froid redoublait.
Une année nous étions partis pour fêter Noël en famille alors que l’hiver était relativement clément. Je n’avais pas hésité à baisser copieusement le volume de la chaudière. Un froid glacial s’étant installé sur toute la France nous avons retrouvé à notre retour la maison comme figée comme dans un glaçon. Cela ne m’affolait pas : il restait deux jours de vacances avant la reprise des cours, les enfants et la maison auraient le temps de se réchauffer avant de retourner en classe.
Ce que je n’avais pas prévu c’est que ma petite lingerie sous l’escalier ne serait pas suffisamment chauffée et que les tuyaux de la machine à laver gèleraient. Avec les montagnes de linge à laver que je rapportais des vacances, cela devenait moins sympathique.
N’ayant pas réussi à trouver un plombier qui puisse me dépanner rapidement, j’ai pris mon linge sous le bras et suis allée faire tourner les machines publiques. Ça n'était pas trop pénible car il y avait un local tout près de chez moi, en plein cœur des petites rues anciennes de la ville.
Je n’avais jamais trop été dans ce quartier un peu sordide et j’y ai découvert un monde, avec ces bons et ces mauvais côtés…Je ne regrette pas. 

Le plus incroyable c’est que j’ai rencontré aussi la dernière lavandière qui venait laver son linge, n’hésitant pas à casser la glace pour nettoyer ses draps… Un jour quand ma machine a redémarré, je lui ai proposé de lui laver ses affaires. Gentiment, avec le sourire, elle m’a expliqué que ce n’était pas la peine et qu’elle se débrouillait très bien en lavant tout son petit linge dans le lavabo chez elle, et en ne gardant que les grosses choses pour le lavoir.
Ce qu’elle regrettait seulement c’étaient les amies qui avaient arrêté de venir laver leurs affaires avec elle, l’année précédente…. 
Janilec