Le bonheur en famille - "Les gâteaux de mon mari"


Avant notre mariage, j’habitais avec deux amies et nous avions pris l’habitude de nous faire inviter quelquefois par mon futur mari et son frère qui cuisinaient beaucoup mieux que nous. 

Aussi lorsque nous nous sommes mariés qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que je ne voyais plus la couleur de ce qui faisait la spécialité de mon mari : les gâteaux et en particulier son gâteau au chocolat.
Comme il avait un travail très prenant je ne lui en voulais pas trop ; mais un jour, commune une boutade, je raconte aux enfants avec force détails l’extraordinaire gâteau que leur papa sait faire. J’ai oublié de dire que je suis extrêmement gourmande et que je crois bien que les enfants en ont hérité.
Les enfants s’étonnent, s’exclament et commencent un siège qui va durer quelques semaines.
Mon mari dit qu’il ne sait plus, qu’il n’a plus la recette et trouve toutes sortes d’excuses.
En cherchant bien, je n’ai pas de difficultés à retrouver le fameux papier, un peu gras, un peu froissé, mais où pas un ingrédient ne manque. 

Un samedi, enfin, mon mari craque. Il transforme ses trois enfants en marmiton et les installe sur des tabourets. Il investit alors la cuisine et comme un grand chef donne ses ordres et comme un papa, raconte, explique montre. Les enfants sont aux anges ils lèchent la cuillère en bois, les plats et leurs doigts. Moi aussi, je me réjouis de re-goûter enfin cette petite merveille.  
Quand tout est prêt, le gâteau est enfourné et surveillé de près. Tout le monde sait qu’un gâteau au chocolat ne doit surtout pas être trop cuit. Très vite, les enfants défournent avec l’aide de leur papa. Vous ne pouvez pas imaginer l’odeur qui remplit la maison. Les enfants ont les yeux brillants. Mais… il faut attendre qu’il refroidisse, on le mangera pour le goûter tout à l’heure.
En attendant, hop ! Tout le monde dehors pour une bonne partie de ballon. Quand les enfants sont bien fatigués, c’est tout juste l’heure du goûter ! Ah, ah, les yeux brillent et la cavalcade s’élance vers la maison. Sur le seuil, notre toute jeune chienne a un drôle d’air mais nous n’y faisons pas attention bien sûr !
Un moment de stupeur …et des cris d’horreur sortent de la cuisine.
Le moule à gâteau est par terre, vide, désespérément vide.
Il ne reste rien. Mon mari comprend très vite ce qui s’est passé et appelle la petite chienne. Il peut toujours la gronder, cela ne fait pas revenir le gâteau. 

Terminé le gâteau au chocolat et sans nous ! Le pire c’est qu’on n’en reverra plus jamais la couleur.
B. Janilec