"Le bonheur en famille" - Le Monsieur du lait



Nous sommes installés en Anjou depuis quelques semaines déjà. Je découvre avec émerveillement cette région que je ne connais pas et qui nous accueille d’une façon royale : la maison, le jardin, les gens, tout me plait et surtout l’air de la mer que l’on sent déjà ici. Même le ciel ressemble à celui de la Bretagne.
Par contre, les gens de nos provinces sont partout différents. Bernard m’a prévenu, en Anjou, on fait tout tranquillement, voire lentement, mais quand c’est fait, c’est bien fait. Pas besoin de revenir dessus ni de rattraper ce qui n’a pas été bien conçu. C’est tout à fait un autre rythme que celui que nous avons quitté dans nos belles montagnes des Alpes.  

« Ici, m’a dit mon mari qui est déjà en poste depuis 6 mois, tu prends ton temps. A la boucherie, même s’il n’y a pas de queue et que l’on sert l’unique client du magasin, cela prendra du temps. Surtout ne t’énerve pas. Nous sommes chez eux, autant prendre leur rythme et de toute manière, leur manière de faire est largement aussi constructive que d’autres. »
Il a raison, ici on vit, on se rencontre, on flâne, les levers et les couchers de soleil sont dans toutes les têtes et si parfois le stress monte, il est si rare qu’on le supporte très bien. Mon plus grand souvenir est cette attente à un passage piéton où la première voiture a laissé passer trois fois le feu rouge avant de démarrer. Vous me croirez si vous voulez, personne n’a klaxonné. Même pas moi !
Ici on a toujours en réserve les quelques minutes qui nous feront accepter ce genre de chose. 

J’ai énormément aimé ces deux années et demie  passées en terre angevine. Tant de surprises là-bas, que nous n’avons pas eues ailleurs.
La Saint Casimir par exemple, vous fêtez ce Saint chez vous ? Nous l’avons découvert avec toute la fête qui l’accompagne.

Et puis plein de petites choses comme celle-là :
Je suis avec les enfants qui viennent de finir de goûter. Maintenant il faut se mettre au travail et dans le bureau chacun prend sa place tandis que notre bébé dans son petit transat regarde avec émerveillement les grands qui s’agitent autour de lui.
Tout d’un coup un bruit me fait lever la tête, on dirait le mugissement d’une vache dans le lointain.
Tiens, je n’avais pas remarqué de troupeau par ici. Le meuglement se fait réentendre, plus près cette fois-ci et je ne suis pas la seule à l’avoir entendu. Tous les enfants se sont arrêtés de travailler le stylo en l’air « une vache, il doit y avoir une vache dans le jardin ». Cavalcade vers la fenêtre pendant que les cris de l’animal se font plus près, plus fort.
Dans la cour il n’y a pas de vache pourtant, juste une petite camionnette blanche de laquelle sort un gros Monsieur Jovial : Il m’accueille par un gai « Bonjour Madame, ça vous dirait du lait frais le matin ? Je passe trois fois par semaine et on m’a dit que vous aviez une grande famille »
Ah oui, cela me va très bien, depuis toute petite je vais chercher le lait à la ferme. Du vrai lait, avec de la crème et tout. On va se régaler. Top-là, le marché est conclu.
« Oui mais… et la vache demandent les enfants, où vous l’avez mise ? »
« Ah la vache ! » répond en riant l’agriculteur en remontant dans sa voiture, « écoutez »
« Meuh, meuh, »
les enfants sont sidérés
« C’est mon klaxon ! et j’en ai plein d’autres  et la prochaine fois, c’est le mouton qui vous préviendra que j’arrive »
Les enfants sont ravis, c’est sûr qu’il sera toujours le bienvenu ce Monsieur là, d’ailleurs son lait est excellent. Ne boudons pas notre plaisir !
B. Janilec