"Le bonheur en famille": Gendres et belle-fille.



La maison de Bretagne a certainement été un bon ciment pour l’entente de la famille au moment de l’arrivée des gendres et belle fille. C’est à peu près au moment de nos mariages que sa construction a été prévue et tous les nouveaux venus ont pu mettre la main à la pâte suivant leurs désirs et leurs qualifications.
Il n’y a rien de tel qu’une maison pour souder ses occupants et d’y travailler pour sentir que c’est la sienne. Il faut bien reconnaître aussi que mon père est assez génial et qu’il a tout de suite compris que s’il voulait s’entourer de ses enfants et petits-enfants, il fallait que « les pièces rapportées » entre guillemets se sentent chez elles et aient envie d’y venir.
Il connaissait l’attraction de la Bretagne pour en avoir subi lui-même les effets… il n’y avait plus qu’à mettre gendres et belle-fille à l’aise ! Et pour ça il a un don tout à fait particulier.
Comme il est devenu veuf, très jeune, il a fallu qu’il se débrouille tout seul. Il a beaucoup d’allure, ce qui peut impressionner, mais c’est peut-être la personne la plus gaffeuse que je connaisse et le roi du système D. Je rajouterai la personne la plus gentille aussi.
Maintenant, imaginez la scène. C’est dimanche. Nous venons de rentrer de la messe et nous sommes nombreux car les vacances battent leur plein. Dans la salle à manger, toutes les rallonges de la table ont été tirées et sur la table de dehors, les plus petits des enfants commencent à déjeuner. Mon père a entrepris de mettre la table avec son fils et ses gendres. Ceux-ci sont au nombre de trois et deux d’entre eux sont tout nouveau dans la famille. Ils sont un peu dans leurs petits souliers et observent le fonctionnement de la maison et de leur beau-père en particulier.
Celui-ci comme d’habitude en fait un max. Il a entrepris de prendre toutes les assiettes d’un coup. Il en faut une bonne quinzaine et c’est très lourd évidemment. Au début tout se passe bien, mais il n’a même pas encore quitté la cuisine que l’assiette la plus basse qui devait être déjà fendue, se casse sous le poids de la pile qui est au-dessus. Un vacarme du tonnerre se fait entendre.
Nous nous précipitons tous dans la cuisine pour voir au milieu d’un chaos de vaisselle cassée, mon père les bras ballants tenant encore les deux morceaux de l’assiette fautive.  Mon frère et les trois gendres, la figure décomposée regardent tour à tour mon père et le carnage,  attendant avec angoisse la suite des évènements. Sur la figure de mon père il y a autant d’étonnement que de déception, cette assiette lui fait vraiment un sale coup ! et puis en levant la tête, il voit les visages atterrés de ses gendres attendant sa réaction, et là, il part d’un fou rire comme lui seul peut en prendre.
L’air soudain  devient plus léger et la cuisine entière  résonne d’un énorme rire. Ca n’est quand même pas tous les jours qu’on casse quinze assiettes d’un coup !!!
Elles avaient coûté trois sous à la brocante du coin, ce n’était pas un drame, on irait en chercher d’autres. !
Ce jour-là, les gendres et la belle fille ont commencé à comprendre comment fonctionnait leur beau-père. Et sur leur figure on pouvait lire que c’était bien rassurant tout ça !
B. Janilec