Fête des mères : pourquoi il faut pardonner à sa mère



C'est en se montrant indulgent avec ses parents que l'on deviendrait (enfin) adulte. Éclairage d'Isabelle Yhuel, auteure de Mère et fille : l'amour réconcilié (1), sur les vertus du pardon à l'occasion de la Fête des mères.  
Lefigaro.fr/madame - On dit souvent qu'il faut pardonner à ses parents pour devenir adulte. Pourquoi faudrait-il, encore davantage, pardonner à sa mère ?
Isabelle Yhuel (2). -
Freud disait aux parents « quoi que vous fassiez, vous allez rater, votre mission d'être de bons parents est vouée à l'échec ». Dolto, elle, nuançait en disant « vous n'êtes pas coupables, mais responsables ». La mère est celle qui s'occupe de nous dès notre départ dans la vie. Avant même la parole, la sociabilisation, on crée des liens très forts sur l'odeur, la voix, le toucher.  La mère est le premier personnage pour l'enfant, avec tout ce que cela veut dire d'amour et de haine.
Pourquoi tant de haine envers la mère ?  
Les enfants, fille et garçon, peuvent avoir l'impression en grandissant que leur mère les a enfermés, frustrés. On lui impute plus facilement les choses qui nous entravent, comme la timidité ou le manque de confiance en soi. Ce sentiment est encore plus fort chez les filles. Avec une fille, elle se projette à nouveau dans l'enfant qu'elle a été. D'un côté, vous ne voulez pas reproduire certaines choses sur elle, mais de l'autre, inconsciemment, vous allez lui faire subir ce que vous-même avez vécu.  On répète les erreurs pour être en position de pouvoir. 
Que gagne-t-on à pardonner ?
Cela revient à se dire : « ma mère a été une humaine très faillible, tout humain l'est, et je le serai sur d'autres plans ». On a tout à fait le droit de ne pas passer l'éponge, certaines mères ont fait des choses très graves. Mais le pardon est avant tout un cadeau fait à soi-même, qui vous libère de mille émotions. On a remis l'autre à sa bonne distance : notre mère n'est plus celle dont on avait besoin petit, mais une femme comme les autres. De votre côté, vous vous estimez contente de la personne que vous êtes devenue. Certains n'arrivent pas à sortir de ce rapport mère-enfant, ils veulent continuer à faire des reproches, passer à autre chose leur semble trop facile et injuste. La relation reste à vif, on reste soi-même un peu enfant. 
Pardonner à sa mère, c'est accepter que l'on soit tous humains
À quel âge envisage-t-on le pardon ?
Entre 15 et 25 ans, une fille fait le bilan négatif de sa mère : elle la juge, ne la supporte plus. Le changement, et parfois le pardon avec, arrive souvent quand on devient soi-même mère. Après avoir été implacable, on se rend compte des difficultés, et du fait qu'un enfant ne réagit pas toujours comme on le voudrait. Quoiqu'on fasse, même si on agit différemment de sa mère, ça rate. On comprend ce tiraillement entre la maman qu'on voudrait être et celle qu'on est vraiment. C'est là qu'on peut pardonner. Mais il ne faut pas obligatoirement des enfants pour pardonner. À partir du moment où vous reprenez de la distance par rapport à vos liens, vous êtes moins impliquée dans la relation et vous pouvez tourner la page. 
Est-ce que pardonner aide à devenir une meilleure mère soi-même ? 
Rester dans le conflit avec sa mère joue dans le rapport qu'on crée avec son enfant. En se mettant à la bonne distance avec elle, on est moins fixé sur l'idée de faire pareil ou le contraire d'elle. Finalement, ça donne une forme de liberté et de spontanéité dans l'éducation de son enfant.
Par Lucille Quillet| Le 27 mai 2016
(1) Mère et fille, l'amour réconcilié, comprendre sa mère pour s'en libérer, Éd. J'ai lu, 347 pages.
(2) Isabelle Yhuel est écrivain et journaliste spécialisée dans la psychanalyse. Dans son livre Mère et fille, l'amour réconcilié, elle rapporte de nombreux témoignages de femmes sur leur mère ainsi qu'un entretien avec le psychanalyste Alain Guy.