Désolée de vous avoir un peu laissé tomber.
Après deux inondations dues à la descente d'eau bouchée de l'immeuble qui a gentiment tout envoyé chez nous et un cambriolage, je reprends le fil.
Merci à Nathanaële (de Shanghai) pour ce bon article.

Oui, il y a une fabuleuse dans chaque foyer

Enfants, couple, travail, maison… Chaque semaine, Hélène Bonhomme partage pour Le Point.fr ses impressions sur le quotidien des femmes et mères d'aujourd'hui.

Publié le | Le Point.fr
La fabuleuse n’est ni apologiste ni militante. La fabuleuse n’a rien à prouver. Elle a tout simplement réalisé que, mine de rien, elle est une héroïne du quotidien.
La fabuleuse n’est ni apologiste ni militante. La fabuleuse n’a rien à prouver. Elle a tout simplement réalisé que, mine de rien, elle est une héroïne du quotidien. © DR
Depuis plus de deux ans, je dis aux mamans (y compris à moi-même) qu'elles sont « fabuleuses ». Un adjectif qui n'est pas au goût de tous les lecteurs : trop ringard, trop bisounours, trop bobo, trop méthode Coué, selon certains. J'aimerais leur dire aujourd'hui pourquoi « fabuleuses » et pourquoi, pour des milliers de mères, ça change tout.
Fabuleuses comme nettoyeuses (de popotins, de frigo - parfois - et de vitres - peut-être un jour), pourvoyeuses (si ce n'est d'assiettes bio et locales, du moins de pizza du camion d'en bas). Pourvoyeuses aussi de goûters dans le cartable et d'histoires pour s'endormir. Fabuleuses comme astucieuses, toujours à l'affût des bons plans, pros du système D. Et alors, il y a vraiment de quoi leur donner une médaille pour ça ? Ce n'est que la vie ordinaire…, la vie ordinaire et pas toujours sexy des mères de France. Ce n'est que le quotidien normal d'une mère normale. Alors, pourquoi en faire tout un plat à la sauce fabuleuse ?
Fabuleuses comme râleuses, un peu. Souvent. Trop ? Oui, elles ont voulu être mères, et oui, ça aurait dû être facile comme dans les magazines. Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d'enfants… Et après ? Alors, elles se sont mises à ronchonner face à ce que l'histoire ne dit pas : le vide intersidéral qui s'est installé dans leur vie sociale, la machine à laver qui est devenue leur meilleure ennemie, et Monsieur qui demande gaiement en passant la porte : « T'as fait quoi aujourd'hui ? »
Oublieuses, à force de vouloir être des mères parfaites, de leur valeur, de leurs aspirations, de leurs talents, de leur bien-être. Voici ce que m'écrit Laura, 30 ans, maman de 3 enfants : « Tant d'années à me morfondre, à me comparer et à culpabiliser parce que je pensais être une mauvaise mère, incapable d'y arriver. Et puis, je suis tombée sur les fabuleuses. Je me suis pris une claque en découvrant les propos d'autres mamans qui, comme moi, finissent par trop douter d'elles-mêmes. Avant, j'aurais voulu une baguette magique pour changer les choses. Aujourd'hui, j'estime que la baguette magique est en moi. Je suis fabuleuse, je suis capable, je peux faire des choix et surtout être moins exigeante envers moi-même ! »
Fabuleuses, comme nombreuses. Au foyer à plein temps, au foyer matin et soir, au foyer week-end et vacances : même combat. Toutes les mamans sont dans leur foyer à un moment ou à un autre de la journée. Ce chapitre de leur vie de femme, peu osent en parler, de peur d'être taxés de réacs écervelés et antiféministes. Pourtant, voici ce dont recèle ma boîte mail : tous les jours, des « mercis » émus de la part de mères au foyer par choix, de mères au foyer forcées, de mères entrepreneuses dans leur foyer, de mères dans leur foyer avant et après une journée d'avocate, de médecin, de conseillère municipale, d'assistante de direction, de chanteuse ou d'infirmière, qui m'écrivent en substance : « Merci de me rappeler que malgré mes imperfections, je suis fabuleuse. »
Si rappeler aux mères qu'elles sont fabuleuses sonne trop psychologie positive aux oreilles de certains, je leur répondrai que je suis la première affligée de constater à quel point les mères de 2016 sont éreintées, à quel point elles manquent de confiance en elles, et à quel point elles sont nombreuses à se tenir au bord du gouffre du burn-out maternel. Et que je suis la première étonnée de constater la puissance libératrice de cette chose que l'on juge mielleuse, et qui pourtant s'avère d'une efficacité redoutable : la reconnaissance.

Alors, fabuleuses pourquoi ?

Parce que généreuses : « C'est l'oppression de l'économisme qui amène nos semblables à mépriser l'éducation, qui plus est familiale, relevant à la fois de l'acte gratuit, exigeant un don de soi, et de l'entreprise à long terme, qui suppose une épreuve de patience », a écrit Eugénie Bastié. Ce mépris de toutes les activités non soumises à rémunération, mais liées à la tendresse, à la présence gratuite, au temps passé ensemble, aux gestes de soins quotidiens, plonge la femme du XXIe siècle dans la honte, pour ce qui concerne le chapitre maternel de sa vie. Une mère ne doit pas être honteuse d'être mère. Un peu de sel ne fera que relever le ragoût de l'indifférence. Fabuleuses, oui, vous l'êtes !
Parce qu'audacieuses : « Évidemment que tu es fabuleuse… Tu peux te le permettre, toi ! » Sous-entendu : « Tu as un mari-gagne-pain qui t'entretient pendant que tu te la coules douce et que tu nous pompes l'air avec tes mièvreries de pourrie gâtée. » Non, je ne peux pas me permettre d'être au foyer. J'ai choisi de me le permettre. Je me serre la ceinture pour me le permettre. Je développe mon entreprise pour me le permettre. Je fais tout pour me permettre d'aligner ma vie quotidienne à mes aspirations profondes. Et l'une de ces aspirations est d'être là pour récupérer mes jumeaux affamés, tous les jours à 11 h 30 (ou 31, ou 32, merci maîtresse, vous êtes fabuleuse).
Parce que courageuses : Sur nos fils d'actualité règne la terreur du « pas assez ». Nous ne sommes jamais assez minces, jamais assez de bonnes mères, nous n'avons jamais assez d'argent et jamais assez de temps. Dire « je suis fabuleuse », c'est dire : telle que je suis, je suffis. Je n'ai pas besoin d'être parfaite pour avoir une juste estime de moi-même. C'est dire : je me fais confiance, et c'est le meilleur service que je puisse rendre à ma progéniture. Trop gentillet à votre goût ? Laissez celles qui ont assez de courage pour s'aimer telles qu'elles sont.
Oui, mesdames, vous êtes fabuleuses ! Oui, c'est un peu décalé, et c'est justement pour révéler la maman décomplexée qui sommeille en de nombreuses mères trop stressées. La fabuleuse n'est ni apologiste ni militante. La fabuleuse n'a rien à prouver. Elle a tout simplement réalisé que, mine de rien, elle est une héroïne du quotidien, et que, mine de rien, ça lui fait quand même un bien fou quand on lui dit « merci ». Si vous trouvez ça trop ras les pâquerettes, demandez-vous où en est arrivé notre discours médiatique si un peu de reconnaissance en vient à devenir une telle bouffée d'air frais pour des milliers de mères !