" Le bonheur en famille: « Mon mari…… »

La pièce n’est pas très grande mais quand même, il y a suffisamment de monde pour que le silence paraisse éclatant.
Je l’ai dit un peu fort, c’est vrai, prise dans le feu de l’action que je raconte.
Le mot a sonné comme une trompette et tous les regards se sont tournés vers moi. Eh bien quoi, je n’ai pas dit un gros mot, enfin pas ceux que mes parents m’ont dit de ne pas dire. Mais non, je viens simplement de dire : « mon mari » et alors, aujourd’hui, ça ne se fait plus.
On ne dit pas « mon mari ! » d’abord cela signifie qu’on est marié et vraiment ça c’est ringard, et en plus mon mari, le mien et pas celui des autres? Impensable, si « mon » mari n’a pas été déjà celui de deux ou trois autres et bien plus peut-être, là c’est que nous sommes tous malades, lui, moi et toutes celles qui n’ont pas sauté dans son lit en toute soit disant bonne foi.
Eh oui, j’ai tout faux, nous avons tout faux pour la société d’aujourd’hui car, il y a bien longtemps déjà, nous nous sommes dit, mon mari et moi que la vie à deux, notre vie à deux pourrait être quelque chose de formidable.
Un seul mari pendant tout ce temps est-ce bien possible ? et d’ailleurs est-ce bien souhaitable ?
Oui, mille fois oui. Ce n’est pas que ce soit facile, si c’était le cas, et comme aujourd’hui tout penche pour la facilité, il n’y aurait pas de problèmes pour qu’on nous emboite le pas. Mais on nous regarde avec des yeux ronds, alors, à tous ceux qui prennent des mines consternés en se disant que notre vie doit être bien fade, je leur dis : « détrompez-vous, notre vie est passionnante et d’autant plus passionnante que nous avançons vers des choses toujours nouvelles, toujours plus élaborées, et à deux. Deux conjoints, deux complices, deux amis qui s’appuient l’un sur l’autre, il faut le vivre pour savoir. »


Un soir, au cours d’un dîner d’amis, la conversation est venue sur les amants et les amantes. Oui, comme ça, tranquillement. Il n’y a plus de tabou vous savez. Qui avait un amant et qui n’en avait pas. Bonne question d’aujourd’hui, non ? Ceux qui avaient lancé la conversation évidemment étaient les plus libérés et les plus concernés. Et ils en rajoutaient …et on ne pouvait s’empêcher de rire, jusqu’au moment où une bien jolie amie à qui notre hôte sûr de son fait, adressait sa question, répondit tranquillement. « Eh bien vous savez, moi, j’aime mon mari et je crois qu’il m’aime aussi et nos enfants nous aiment comme ça, ensemble. De toute manière je n’ai pas le temps d’avoir un amant et encore moins de gérer toutes les complications que ça engendre. J’aime ce que je fais et cela me demande du temps, beaucoup de temps et encore plus d’énergie, alors le reste… » Cela a jeté un froid, remis des choses en ordre, et le mari ravi a pris un air dégagé.

…Donc, j’ai UN mari.
B. Janilec