Conte pour les enfants en vacances

RIQUET À LA HOUPPE - Charles Perrault

La princesse n’eut pas plus tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la houppe parut à ses yeux l’homme du monde le plus beau, le mieux fait et le plus aimable qu’elle eût jamais vu. 
Quelques-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la fée qui opérèrent, mais que l’amour seul fit cette métamorphose. Ils disent que la princesse ayant fait réflexion sur la persévérance de son amant, sur sa discrétion, et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de son esprit, ne vit plus la difformité de son corps, ni la laideur de son visage, que sa bosse ne lui sembla plus que le bon air d’un homme qui fait le gros dos, et qu’au lieu que jusqu’alors elle l’avait vu boiter effroyablement, elle ne lui trouva plus qu’un certain air penché qui la charmait ; ils disent encore que ses yeux, qui étaient louches, ne lui en parurent que plus brillants, que leur dérèglement passa dans son esprit pour la marque d’un violent excès d’amour, et qu’enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de martial et d’héroïque. 
Quoi qu’il en soit, la princesse lui promit sur-le-champ de l’épouser, pourvu qu’il en obtînt le consentement du roi son père. 
Le roi ayant su que sa fille avait beaucoup d’estime pour Riquet à la houppe, qu’il connaissait d’ailleurs pour un prince très spirituel et très sage, le reçut avec plaisir pour son gendre. 
Dès le lendemain les noces furent faites, ainsi que Riquet à la houppe l’avait prévu, et selon les ordres qu’il en avait donnés longtemps auparavant.

MORALITÉ
Ce que l’on voit dans cet écrit,
Est moins un conte en l’air que la vérité même ;
Tout est beau dans ce que l’on aime,
Tout ce qu’on aime a de l’esprit.


AUTRE MORALITÉ
Dans un objet où la Nature,
Aura mis de beaux traits, et la vive peinture
D’un teint où jamais l’Art ne saurait arriver,
Tous ces dons pourront moins pour rendre un cœur sensible,
Qu’un seul agrément invisible
Que l’Amour y fera trouver.