"Bon courage !" et autres tics de langage dans l'air du temps
A l'occasion de la journée de la langue française ce lundi 14 mars, "Marianne" rediffuse cet article publié la première fois en décembre 2015 et qui vous avait particulièrement fait réagir. "On part sur" un papier qui décortique les formules et les expressions en vogue, "en mode" enquêteurs de la grammaire et scrutateurs du goût du jour…

Il se dit sur un ton complice et compatissant, comme pour communier dans l'adversité de nos vies : allez, « bon courage ! » Aux derniers pointages - ceux du doigt mouillé -, il était en passe de supplanter le « bonne journée » à la machine à café, talonnait de près le classique - et très giscardien - « au revoir », et avait irrémédiablement remplacé toute autre fin de conversation dans des professions aussi diverses que boulanger, gardien d'immeuble, taxi ou ostéopathe. Cri de ralliement d'une société qui s'assume en dépression collective, le « bon courage » est devenu la ponctuation automatique de nos badinages urbains, que seule vient contester une poignée d'idéalistes de la locution. A la dernière rentrée scolaire, alors que l'auteur de ces lignes concluait, sans même y réfléchir, d'un « bon courage ! » sa première prise de contact avec la maîtresse moyenne section de maternelle, ladite institutrice lui décocha en retour un légitime : « Oh, non, vous savez, je n'en ai pas besoin, j'aime ce que je fais et tout va bien se passer. » Ah, oui : c'est vrai. C'est même mieux ainsi.
A grande échelle, le « bon courage » joue contre son camp. Prophétie autoréalisatrice de la dureté de la vie, il agit en méthode « anti-Coué », et teinte de pessimisme nos échanges les plus anodins. C'est pourquoi il faut s'en débarrasser, et réhabiliter le « bonne journée » qu'une autre fourberie de langage menace d'extinction (lire le chapitre « Belle journée »).
A suivre...
Daniel Bernard
Anne Rosencher