"Bon courage !" et autres tics de langage dans l'air du temps (suite)

"JE REVIENS VERS VOUS"C'est la double peine de la vie de bureau, c'est le chemin de croix de l'administré, c'est l'assurance de perdre son temps deux fois plutôt qu'une. La voix, au téléphone : « Vous me faites un petit mail et je reviens vers vous. » La traduction, instantanée : « J'en parlerai à mon cheval. » Par cette formule doucereuse, l'incompétence et la flemme se parent de compassion. Pis, la promesse volontairement vague invite le quémandeur à sacrifier encore un peu d'attention sans espoir raisonnable d'obtenir la réponse espérée. Qu'est-ce qu'un « petit » mail ? Quelle que soit sa taille, il faudra l'écrire, le relire, le compléter, le corriger, sans garantie qu'il soit jamais lu, et moins encore traité demain avec plus de bienveillance et d'efficacité qu'aujourd'hui.

« Je reviens vers vous », c'est juste la forme dégradée de « Je vous fais une réponse très vite », qui fait déjà craindre le néant. C'est tout sauf un engagement, c'est un dégagement vers un futur incertain auquel l'émetteur du message ne croit pas plus que le récepteur. Une manière d'ensabler une demande avec l'espoir que l'urgence du jour sera remplacée par une autre urgence qui justifiera un zèle identique.
à suivre…
« Marianne »
18 mars 2016