Et si on arrêtait les commémorations ?

Tout est bon pour discourir, essuyer une larme ou dévoiler une plaque... Et pendant ce temps-là, on détourne l'attention des vrais problèmes.


Publié le | Le Point.fr
Il n'y avait pas foule ce dimanche matin place de la République à Paris pour la cérémonie officielle d'hommage aux victimes des attentats de 2015.
Il n'y avait pas foule ce dimanche matin place de la République à Paris pour la cérémonie officielle d'hommage aux victimes des attentats de 2015. © AFP/ CITIZENSIDE/ANNE-CHARLOTTE COMPA
Les lecteurs du Point.fr ne sont pas dupes. À la question « Commémore-t-on excessivement les attentats de janvier dernier ? », plus de 80 % des 30 000 votants (chiffres à 18 heures) répondent « oui ». Les images massivement diffusées à la télévision sont plus cruelles encore. Seuls quelques courageux se sont déplacés place de la République tout au long de la journée pour assister aux hommages à répétition qui y étaient organisés.
On touche là aux limites de la « commémorationite » aiguë. Surtout quand elle penche si ostensiblement vers la récupération politique. Ce dimanche, l'esprit du 11 janvier n'était plus là. Car cette cérémonie Potemkine enrôlait des spectateurs qui n'y croient plus et des acteurs qui doutent. Que célébrait-on au juste ? Les victimes du mois de janvier, celles de 13 novembre et la République. Mais les images d'une place fort peu achalandée font peine à voir et ce beau mot de République sonne creux. Plus on le psalmodie, plus on le vide de sa substance. Plus on l'évoque, moins on cite la France dont l'école (de la République !) apprend de moins en moins l'Histoire. Les droits conférés par les lois (de la République) prennent le pas sur les devoirs que l'on doit à son pays. Les rites (républicains) célébrés avec tant d'emphase et de phrases grandiloquentes remplacent les heures sacrées de la construction de notre nation. L'ordonnance de Villers-Cotterêts d'août 1539 est rangée aux rayons des accessoires comme la litanie de nos rois, l'épopée napoléonienne ou les victoires politiques, esthétiques ou militaires d'un pays qui ne cesse de sombrer dans la dépression et la célébration de ses heures sombres.

La mascarade a été démontée par les électeurs

Cette inclination à s'incliner sur les morts et les malheurs revêt aussi une vertu politique. Il est plus facile d'endosser un costume sombre et d'arborer une mine grave en dévoilant à tour de bras des plaques commémoratives que de ferrailler contre le chômage, de s'inquiéter du départ massif de nos jeunes diplômés qui vont faire leur vie à l'étranger, de juguler l'exil fiscal (légal) de millionnaires qui préfèrent dépenser leur argent loin de Paris sans se sentir coupable de le faire...
Tant que nos gouvernants préféreront occuper des heures d'antenne sur les chaînes d'information permanente plutôt que de travailler à comprendre pourquoi en 2016 comme en 2015 les entreprises rechignent à signer des CDI ou à embaucher des apprentis, la France s'enfoncera dans la paupérisation et le déclassement. Pendant qu'on verse des larmes de crocodile, on n'entend pas le peuple souffrir mille morts et pleurer dans les files d'attente de Pôle emploi.

La mascarade a été démontée par les électeurs qui l'on fait savoir bruyamment lors des derniers scrutins. Et ce dimanche, les Parisiens n'ont pas voulu servir de chair à canon commémorationnelle. Certes, le président Hollande fut à la hauteur des événements qui ont ensanglanté la France, mais allonger indéfiniment cette parenthèse tragique lui permet de ne pas s'occuper des vrais problèmes de fond qui s'aggravent. Les sondages montrent que les Français ont pris conscience du piège dans lequel on voulait les attirer. L'exécutif dévisse tant son tour de passe-passe crève les yeux. Les Romains organisaient des jeux du cirque pour occuper le peuple, Louis XIV avait égaré ses courtisans dans d'interminables rites versaillais, le duo Hollande-Valls s'étourdit dans des discours compassionnels. Mais cette fois-ci, l'opération n'a échappé à personne...