Le bonheur en famille – « drôle de façon de ranger le linge ! » B. Janilec

« La seule salle de bain d’une des nombreuses et curieuses maisons que nous avons habitées, a pour particularité de ne pas donner sur un mur extérieur. Elle se trouve en plein milieu… 
Une salle de bain aveugle, c’est assez classique me direz-vous sauf que celle-là n’ayant pas non plus de système d’aération, le propriétaire a trouvé judicieux de percer tout en haut d’un des murs quatre trous. Trois sont bouchés par des vitres, et le quatrième reste béant. C’est assez bien fait et passe inaperçu tout en donnant un peu de lumière et d’air.

Ce système sommaire d’aération donne dans une pièce, passage obligé vers les seules toilettes de l’étage. Comme nous sommes 7 à devoir les utiliser, nous avons préféré ne pas mettre de lits dans cette chambre et nous l’avons baptisée salle de jeu. A part notre fille aînée, les enfants sont par deux comme d’habitude et cette pièce leur permettra à priori de jouer tous ensemble sans se disputer.

Une salle de bain pour 7 c’est peu donc nous avons établi des heures et des tours bien précis pour l’utilisation de la baignoire, le soir.
Le soir c’est aussi le moment où je demande aux enfants de ranger leur chambre et de mettre au sale tous les habits qui traînent. Comme la cuisine est en bas, je ne suis pas vraiment de près ce qui se passe à ce moment-là, et si j’entends bien parfois des vociférations, en général cela cesse dès que je commence à monter l’escalier.

Un jour, je ne sais plus trop pour quelle raison je m’active au premier étage dans la chambre des petits. A l’autre bout  du couloir,  les petites filles qui doivent avoir 5 et 7 ans prennent leur bain. Tout d’un coup j’entends des grands cris, suivis de grands éclats de rire et des ordres du genre :  « plus à droite, plus à gauche, raté ; ohhhh ! c’est encore tombé dans la baignoire ». 

Je vais voir. Dans le couloir, personne. La porte de la salle de bain est entre ouverte et j’entends les éclats de rire des petites filles qui montent de la baignoire. Je jette un coup d’œil et je vois bien placé au milieu de la pièce le gros panier à linge sale que nos deux filles ne quittent pas des yeux. Autour, le sol est jonché d’habits. Quelques secondes se passent et à ma grande surprise, je vois atterrir dans le panier une chaussette tandis que la deuxième est récupérée au passage par une des filles avant d’être déposée dans le panier.
C’est très intéressant. Je passe dans la pièce d’à côté pour découvrir bien rangés en file, nos trois aînés et leur stock de linge sale qui font la queue pour balancer leurs affaires par le trou d’aération. Le jeu doit durer depuis plusieurs semaines car je dois avouer qu’ils ne sont pas trop maladroits.
Quelques explications plus tard, je découvre que la première fois où nos deux garçons ont « balancé » leurs chaussettes sales par cette fausse fenêtre, c’est parce qu’ils trouvaient que leur grande sœur monopolisait trop longtemps la salle de bain. Cela avait fait un drame : évidemment, elle avait tout reçu en pleine figure.
Mais après leur bonne entente revenue, ils ont considéré le parti qu’ils pouvaient tirer de ce super jeu, et les petites filles trop contentes d’être dans le coup, leur servaient d’alibi : la salle de bain occupée, les empêchait d’accéder au fameux panier de linge, n’est-ce pas ?

Est-ce que je les ai grondés ? Un peu, car je comprenais mieux d’où venaient les habits mouillés dans le panier et je ne peux pas dire que j’étais pour. Mais pas trop car ils m’ont certifié que c’était leur papa qui leur en avait donné l’idée, un jour où j’occupais la salle de bain…. trop longtemps parait-il.