L'indécence de la politique du fait divers (extraits) Par Frédéric Saint Clair mathématicien et économiste.


(A propos de l’accident de Puisseguin.) « Sont-ils simplement idiots ou bien mal intentionnés? Assiste-t-on à une tentative de manipulation mentale, d'instrumentalisation de l'émotion sur le modèle du 11 janvier, ou bien à une sincère mièvrerie politicienne? Président de la République ; Premier ministre ; ministre de l'Intérieur ; ministre de l'Ecologie ; ministre de la Santé ; secrétaire d'Etat aux Transports ; secrétaire d'Etat à la Famille ; sans compter les députés, présidents de région, maires des communes alentours, tous réunis en Gironde pour communier. De façon «laïque». Dans une «cérémonie mémorielle».

Le gouvernement aurait pu s'en tenir à l'action menée le jour même, qui était déjà de grande ampleur. Car les français auraient pu convenir de la situation délicate dans laquelle se trouve tout homme politique en matière de communication face à un fait divers qui peut créer un buzz médiatique. Les français, forcément touchés par cet accident et par la douleur des familles, auraient pu comprendre la main tendue du politique. Même sans être d'accord, ils auraient pu prendre acte de l'intention. Mais nous n'en sommes plus là. L’événement d'aujourd'hui est entièrement fabriqué. Il s'agit d'une de ces constructions artificielles auxquelles la République, lorsqu'elle est défaillante, a habitué la population.

Le pire dans toute cette histoire, n'est pas la cérémonie, ni les discours lénifiants, ni les visages faussement compatissants. Le pire c'est l'air satisfait que tous prendront ce soir en rentrant à Paris. Le pire ce sera les réunions de Cabinet où les conseillers entourant leur ministre, ou bien le Président, flatteront ce dernier pour sa prestation, et chercheront les jours suivants la marque d'un progrès dans les sondages, d'un adoubement populaire, comme dans l'immédiat après 11 janvier, et réfléchiront à organiser à nouveau de ces mascarades pitoyables pour, diront-ils, recréer du lien entre la population et les élites politiques, pour montrer que le gouvernement reste mobilisé, à l'écoute du peuple, de sa douleur, de ses problèmes.
Dans les journaux, sur les réseaux sociaux, dans les sondages, dans les urnes, la société civile leur demande pourtant d'arrêter leurs simagrées et de se mettre réellement au travail. (…) »
                                                  ************* 28 octobre 2015