« Le bonheur en famille » Avez-vous déjà déménagé ? (suite et fin)


J’ai 3 jours pour trouver une maison à louer près de Grenoble où mon mari va maintenant travailler. Avec une amie, nous courrons les agences et les maisons à visiter. Il n’y a vraiment pas grand-chose qui puisse correspondre à la taille de notre famille : Bernard, moi et nos quatre, presque 5 enfants. Ce qu’on nous propose est soit beaucoup trop petit, soit grand mais tellement cher que cela n’est même pas envisageable.

Les jours passent.
Il me reste à voir une maison que l’on me propose avec réticence. L’agence pense qu’elle est un peu petite, mais je vois bien que le vrai problème, ce n’est pas ça. Il y a autre chose, et je n’arrive pas à déterminer quoi. J’insiste cependant, d’abord parce que je n’ai rien d’autre en vue et surtout parce qu’elle est située justement dans le village où habitent nos autres amis, qui vont rester eux, et que nous aimons beaucoup. Quant au prix il est carrément intéressant.

 Nous partons donc, avec la personne de l’agence. La maison assez moche,  il faut bien le reconnaître, est située un peu en dehors du village, dans un coin de campagne où sont en train de se construire un certain nombre de lotissements.
La maison n’en fait pas partie. Elle leur tourne le dos et devant elle, s’étendent des champs en pente, jusqu’à l’Isère, et encore au-delà jusqu’aux montagnes de Belledonne. C’est absolument superbe. Nous sommes au printemps et la nature est magnifique.
Il y a même dans le champ qui jouxte le jardin devant la maison, des chevaux qui galopent dans les herbes hautes.

La personne de l’agence voit mon regard et mon émerveillement, et ne peut s’empêcher de dire : attendez d’avoir vu la maison….
Quand nous entrons, une odeur de renfermé nous prend à la gorge. Les volets et les fenêtres sont vite ouverts, et si la grande pièce qui fait salon-salle à manger n’a rien de rare, la vue est magnifique. A la lumière du jour cependant, on peut se rendre compte que tout n’est pas dans un état de propreté géniale, et c’est en montant l’escalier que le fin mot de l’histoire tombe. 

Cela fait six mois que la maison est fermée car elle a été mise sous scellés. Le vieux Monsieur, propriétaire des lieux y est mort, après avoir été bien malade, et sa succession a posé des problèmes. Visiblement, les héritiers n’ont pas eu le courage de nettoyer, et si tous les meubles ont été enlevés, la propreté laisse vraiment à désirer. Nous ressortons de là un peu tourneboulées. Mon ami Elisabeth, ne supporte pas l’idée de rester ou d’y revenir.

Je décide de revisiter avec mon autre amie qui, moins émotive, me vante tous les avantages de la maison. Elle a connu le vieux Monsieur, très gentil et cela ne lui paraît pas du tout impossible de prendre la suite. Évidemment il faudra tout nettoyer, changer les moquettes et les papiers peints, et cela risque de me prendre une bonne partie des vacances. Mais avec l’aide d’un neveu, d’une bonne amie de ma belle-mère et la perspective d’habiter ce coin de paradis pour pas cher, je trouve que le jeu en vaut la chandelle.

La dernière restriction vient de l’agence à qui le propriétaire a demandé qu’il n’y ait pas plus de quatre enfants. Je fais l’innocente, « mais madame nous avons quatre enfants, cela tombe bien. » Petit coup d’œil de la dame, sur mon ventre bien arrondi… Je souris « celui-là n’est pas encore né… nous ne pouvons pas le déclarer dans les papiers, il n’a même pas de nom ! » « C’est vrai » dit la dame.
Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’en quittant cette maison, ce n’est pas quatre enfants qui y logeaient mais 6, puisque après notre petite fille, c’est un petit garçon qui est venu rejoindre la famille… Et là, il était vraiment temps d’habiter quelque chose de plus grand.

B. Janilec
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