A propos de la réduction des allocations familiales.


En politique, les mauvais coups s'exécutent souvent au cœur de l'été. La réduction des allocations familiales a pris effet au 1er juillet, mais les familles concernées ne la ressentiront que début août. Bien calculé.

Mais cette comptabilité d'austérité maquillée en avancée sociale masque l'essentiel. Ce bricolage à vue pour équilibrer les budgets sociaux remet en question un système en vigueur depuis 1945. Le comble, en cette époque mêlant austérité, détestation des familles nombreuses et perte de mémoire politique, est qu'un slogan de sans-culotte (« Sus aux riches !») sert à mettre fin à une vraie avancée révolutionnaire : le principe républicain d'universalité des prestations sociales.

Invoquer, comme l'ont fait en chœur ministres et cadres socialistes, l'inutilité de quelques centaines d'euros d'allocations pour des familles en gagnant plusieurs milliers est évidemment un argument qui porte.
 Il porte en réalité témoignage de l'état de confusion dans lequel baigne une gauche qui a abandonné, avec son objectif de lutte contre les inégalités, les outils qui le permettaient.
Il fut une époque où le moindre militant de section du PS faisait la différence entre la redistribution verticale (politiques salariale et fiscale) entre riches et pauvres et la redistribution horizontale (politique familiale, aides aux handicapés) entre foyers.

Il n'y a plus guère que les communistes, les archéo-gaullistes et les associations familiales pour défendre le principe des allocs : elles n'avaient pas pour objectif social de favoriser les bas revenus ou de pénaliser les hauts, mais, à même niveau de ressources, de compenser la baisse de niveau de vie due au coût de la progéniture, notamment à partir du troisième enfant.

Tout cela fait peut-être aujourd'hui figure de subtilité ringarde quand des médias de gauche présentent comme héros du progressisme des riches qui achètent 100 000 € pièce des enfants sur le marché délocalisé de la GPA.

Marianne (10-16 juillet 2015)
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