"Tout être humain par son humanité même, est vulnérable et a besoin, de soin pour être."


Plusieurs penseurs Américains ont mis au jour une autre notion, celle de care qui est parfois traduit par sollicitude. Le point de départ est saisissant car nous ne lui prêtons généralement pas du tout attention : tout être humain par son humanité même, est vulnérable et a besoin, de soin pour être. Le care est l’ensemble des activités qui soutiennent cette vulnérabilité : tout aussi bien s’occuper des enfants, faire le ménage, veiller sur ses parents âgés…
Il y a trois raisons à la cécité devant cette dimension pourtant si prégnante dans nos vies, de la bienveillance.

D’une part ceux qui se consacrent à cette tâche sont déconsidérés – ce fut d’abord les femmes et aujourd’hui souvent des travailleurs étrangers, parfois même sans papiers.
« Non seulement les positions sociales occupées par ces personnes correspondent à des rémunérations faibles et des emplois peu prestigieux, mais aussi leur proximité avec les corps abaisse encore leur valeur – au sens où ce qui est socialement impur et réprouvé est souvent rapporté à des fonctions corporelles. »

De plus cet engagement est peu manifeste, pour que ce travail soit réussi, il doit souvent rester discret : « Le paradoxe est le suivant : plus les personnes qui font le travail care en ont l’expérience, moins elles sont en mesure de discerner, pour elle-même comme pour les autres, la complexité de ce travail qui, réellement n’apparaît que quand il n’est pas fait ou mal fait.
On s’habitue très vite au confort que procure le travail de care, on s’habitue aux maisons ordonnées, aux frigidaires remplis, aux plats mijotés, au privilège d’être servi sans avoir à y pense. (je rajouterai: aux enfants élevés, éduqués, aidés dans tous les domaines y compris intellectuel, moral et social. B.J.)

Enfin, ce soin n’a pas été considéré par la réflexion intellectuelle qui lui a préféré la réflexion abstraite sur la morale ou l’éthique.(…)
Si je veux énoncer le care, il me faut dire par exemple, comment vous devez répondre à un grand nombre de sollicitations diverses.
Ainsi je dois prendre soin de mon ami qui, en raison de l’intensité de son angoisse a besoin d’une attention soutenue.  Je dois avoir un œil sur les médicaments qu’il doit prendre et qu’il oublie parfois, chercher à bien comprendre ses besoins, organiser et coordonner avec lui les soins qui lui sont nécessaires. Il faut s’occuper de la maison et de la nourriture, ne dormir que d’une oreille pour être là s’il s’éveille
Les penseurs du care découvrent que ces activités reposent sur un ensemble de délibérations humaines tout à fait concrètes. (…) sur l’attention aux conduites ordinaires, aux choix quotidiens, aux styles d’expression des individus.

Et si nous aussi nous prenions en considération la réalité concrète de ces activités ? Au lieu d’adopter le regard social qui les déconsidère, donnons-leur leur plein sens. Reconnaissons que le care est la dimension même de notre humanité. Ayons enfin un autre regard sur ceux qui prennent soin de nous au long de notre vie, ce qui implique d’accepter notre vulnérabilité et notre dépendance."

 Fabrice Midal : "Comment la philosophie peut nous sauver ?" aux éditions Flammarion.

Merci Agathe qui m’en a envoyé cet extrait, vraiment écrit pour nous !

                                                ************************