"Le bonheur en famille: Rentrée des classes"


Il y a vraiment des rentrées qui ne ressemblent pas aux autres.
L’annonce de la mutation de mon mari de l’Anjou vers l’Auvergne avait été faite courant juillet pour une prise de poste au 1er septembre, jour de la rentrée des classes.

A ce moment-là, personne n’avait encore été choisi pour le remplacer. La situation économique était telle, que la direction craignait qu’un poste laissé vide donne à l’usine tout entière l’impression qu’une fermeture s’organisait. Ce n’était pas le cas. L’usine revenait de loin, certes, mais la machine était relancée, et l’on fondait de bons espoirs sur sa nouvelle rentabilité. Mon mari partait parce que l’on avait besoin de lui ailleurs. C’est tout.

En ce qui me concernait directement, cela voulait dire que nous ne pouvions annoncer à personne notre départ, ni prévoir quoique ce soit pour notre arrivée.
Pas vraiment facile tout ça. Cela fait drôle quand même de partir en vacances comme si de rien n’était, de dire au revoir aux amis comme si de rien n’était et de savoir qu’on risquait de ne plus les revoir, ou en tout cas pour la plupart d’entre eux.

J’avais obtenu deux dérogations au silence total : en parler à une famille amie qui nous avait déniché une maison dans notre nouvelle destination et l’inscription à l’école des enfants, le tout sous le sceau du secret bien sûr.

Pour le déménagement, j’avais fini par trouver une entreprise qui voulait bien me faire un devis selon mes estimations de cubage par téléphone. Cela n’avait pas été évident mais c’était indispensable : le village où nous habitions était vraiment petit et tout se savait. La venue d’un déménageur ne serait pas passé inaperçu, même pour une simple visite.

Nous sommes donc partis en vacances, et tranquillement avons annoncé la nouvelle aux enfants. Le déménagement ne pouvait avoir lieu que le 2 septembre, la rentrée était le 1er. Le calcul est vite fait, il y avait peut-être un petit problème !
Les aînés rentrant en 4ème, 5ème et CM2, il était hors de question de leur faire rater la rentrée. Pour les autres, nous leur avions accordé bien volontiers quelques jours de vacances en plus car ils arrivaient avec moi.

Et c’est ainsi que le 31 août, j’ai déposé à l’aéroport mon mari et nos trois grands qui partaient avec leur cartable sur le dos. Ils étaient partagés entre la joie de prendre l’avion pour la 1ère fois avec leur père et l’inquiétude de ce qui les attendait à l’arrivée, mais ils ont eu la gentillesse de voir le bon côté des choses et de trouver qu’aller à l’école en avion vraiment, c’était la classe.

On m’a beaucoup posé la question de savoir pourquoi  nous avions accepté de jouer ce jeu si compliqué et si désagréable, pour moi en particulier. En fait c’est que mon mari aimait bien son usine et tout le personnel qui y travaillait. La remettre en route avait été difficile, il ne voulait pas tout gâcher par un effet d’annonce prématuré qui aurait déstabilisé un équilibre à peine retrouvé.
B. Janilec
                                                *****************8 septembre 2015