Conte pour nos enfants: Baba Yaga - (suite et fin)


Elle courut, elle courut, elle courut. Pendant ce temps, le chat s'était mis à tisser. De la cour, Baba-Yaga demanda encore une fois : « Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ?
– Je tisse, ma vieille tante, je tisse, répondit le chat d'une grosse voix. »
Furieuse, Baba-Yaga se précipita dans la maison. Plus de petite fille ! Elle rossa le chat et cria : « Pourquoi ne lui as-tu pas crevé les yeux, traître ?
– Eh ! dit le chat. Voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais donné le plus petit os, tandis qu'elle m'a donné du jambon ! »
Baba-Yaga rossa les chiens. « Eh ! dirent les chiens. Voilà longtemps que nous sommes à ton service, et nous as-tu seulement jeté une vieille croûte ? Tandis qu'elle nous a donné du pain tendre ! »
Baba-Yaga secoua la barrière. « Eh ! dit la barrière. Voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais mis une seule goutte d'huile sur les gonds, tandis qu'elle m'en a versé une pleine burette ! »
Baba-Yaga s'en prit au bouleau. « Eh ! dit le bouleau. Voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais décoré d'un fil, tandis qu'elle m'a paré d'un beau ruban de soie !
– Et moi, dit la servante, à qui pourtant on ne demandait rien, et moi, depuis le temps que je suis à ton service, je n'ai jamais reçu de toi ne serait-ce qu'une loque, tandis qu'elle m'a fait cadeau d'un joli fichu rouge ! »
Baba-Yaga siffla son mortier, qui arriva ventre à terre, et elle sauta dedans. Jouant du pilon et effaçant ses traces avec son balai, elle s'élança à la poursuite de la petite fille, à travers la campagne.
La petite fille colla son oreille contre la terre : elle entendit que Baba-Yaga approchait. Alors elle jeta la serviette qui se transforma en une large rivière ! Baba-Yaga fut bien obligée de s'arrêter.
Elle grinça des dents, roula des yeux jaunes, courut à sa maison, fit sortir ses trois bœufs de l'étable et les amena près de la rivière. Et les bœufs burent toute l'eau jusqu'à la dernière goutte. Alors Baba-Yaga reprit sa poursuite.
Pourtant elle continua de courir très vite parce qu'il commençait à faire nuit, et elle pensait : « Mon papa doit me croire perdue. »
La petite fille était loin. Elle colla l'oreille contre la terre. Elle entendit le pilon sur la route. Elle jeta le peigne qui se changea en une forêt touffue ! Baba-Yaga essaya d'y entrer, de scier les arbres avec ses dents. Impossible ! La petite fille écouta : plus rien. Elle n'entendit que le vent qui soufflait entre les sapins verts et noirs de la forêt. 
Le vieux paysan, de retour du marché, avait demandé à sa femme : « Où est la petite ?
– Qui le sait ! avait répondu la marâtre. Voilà des heures que je l'ai envoyée faire une commission chez sa tante. » Enfin, la petite fille, les joues toutes rouges d'avoir couru, arriva chez son père. Il lui demanda :
« D'où viens-tu, ma petite ?
– Ah ! dit-elle. Petit père, ma mère m'a envoyée chez ma tante chercher une aiguille et du fil pour me coudre une chemise, mais ma tante, figure-toi que c'est Baba-Yaga, la cruelle ogresse ! »
Et elle raconta toute son histoire. Le vieil homme était très en colère. Il roua de coups la marâtre et la chassa de sa maison en lui ordonnant de ne plus jamais revenir.
Depuis ce temps, la petite fille et son père vivent en paix. Je suis passée dans leur village, ils m'ont invitée à leur table, le repas était très bon et tout le monde était content.

                                       ************* 21 août 2015