«Le patient n'est plus un numéro, une maladie, mais redevient une personne.»


« On est en construction jusqu'au bout, jusqu'au dernier moment. Qui sommes-nous pour couper les gens de cette ultime compréhension d'eux-mêmes, de leur vie, à l'approche de la mort ?" (Frédéric Duriez, médecin)

Huguette a 76 ans. Avec son vernis rose et son sourire, elle ne ressemble pas aux clichés catastrophistes des mourants que véhiculent les documentaires. D'une voix calme et lente, elle raconte sa vie d'infirmière à Valéria qui prend des notes. Elles en sont à la deuxième séance.
Huguette s'est lancée, dit-elle, parce qu'elle a toujours regretté que ses parents n'aient pas pu lui transmettre leur propre histoire. «Ils sont partis sans que je sache grand-chose d'eux». Elle s'arrête souvent, cherche ses mots. «J'ai eu une belle vie. (…) Ici, c'est pas la science pour la science, il y a un lien de confiance».

Valéria Milewski hoche la tête. Depuis huit ans, dans son petit bureau du service oncologie de l'hôpital Louis Pasteur de Chartres, elle écrit la biographie des personnes en fin de vie. Avec sa robe multicolore, sa taille menue et ses éclats de rire, elle ne passe pas inaperçue dans les couloirs austères du CH. «J'ai eu cette intuition: se raconter, se déposer, se ressaisir par l'écriture pouvait alléger les derniers moments, et permettre aux personnes de ne pas perdre le fil de leur humanité»

«Le patient n'est plus un numéro, une maladie, mais redevient une personne.»

« Qu'ai-je fait de ma vie?» se demande souvent la personne au seuil de la mort. La maladie grave disloque, déchire, explose la personne dans sa chair et dans son esprit. Par son récit, la personne malade peut donner de l'unité, du sens et de la cohérence à sa vie», explique Valéria. Séance après séance l'écrivain les aide, patiemment, à recoudre les pièces d'un puzzle éparpillé.
(…)Finalement, on a décidé de rajouter des pages blanches à la fin du livre. La vie continue, ce n'est pas à nous de dire quand elle s'arrête.»

La biographie n'aide pas seulement les malades, mais aussi les proches. C'est un aspect de la fin de vie dont on parle peu: ceux qui restent. Cédric a perdu sa mère Marie-France, il y a deux ans et demi. Ces pages blanches l'ont laissé frustré. Et puis il a compris: «Et la suite? La suite, c'est nous», lâche-t-il dans un sourire. Sur le livre relié, qu'il tient entre ses mains, on peut lire ces mots «Je crois qu'il y a un Dieu, mais qu'est-ce qu'il va se faire engueuler, quand je vais arriver!». C'était elle, son phrasé, sa voix, qu'il retrouve…

Merci à Martine qui nous a fait parvenir cet article du Figaro du 10 juillet 2015

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