Crise du mariage? Réapprenons à aimer se préparer au mariage


On discute beaucoup en ce moment de la crise du mariage. Le taux de divorce est élevé, beaucoup trop d’enfants vivent dans un foyer monoparental, les gens finissent souvent par se retrouver seuls et isolés à l’âge mur. Mais on débat peu de la façon de faire sa cour. Comment aborde-t-on le mariage 
De nos jours, il n’y a pas de protocole de conduite socialement prescrit pour aider à guider les jeunes gens et jeunes filles vers le mariage... pour la grande majorité, le chemin vers l’autel est terra incognita : c’est chacun à sa manière, sans boussole, et souvent sans but défini. »
Cette quasi absence de directives pour faire la cour est sans précédent. Jusque récemment, la société avait des normes claires régissant la « parade nuptiale » entre un homme et une femme préalablement au mariage. Il y a des raisons qui expliquent pourquoi ce n’est plus le cas, à de rares exceptions près.
D’abord, nous vivons dans ce que Barbara Dafoe Whitehead appelle une culture du divorce. Beaucoup de jeunes adultes sont issus de parents divorcés et de ce fait manquent à la fois de conseils et d’un modèle convaincant pour le mariage. La fin douloureuse du mariage de leurs parents les rend peu enclins à s’engager.
Deuxièmement, il y a eu un dramatique changement des priorités en ce qui regarde le travail et la famille. Maintenant, les gens veulent l’indépendance financière avant de penser au mariage là où leurs parents (et certainement leurs grands-parents) se mariaient souvent avant que leur situation financière ne soit claire. Il y a 50 ans, les jeunes couples pouvaient s’attendre à galérer durant les premières années de leur mariage et cela renforçait souvent leurs liens.
Troisièmement, beaucoup de célibataires sont tentés de vivre ce que Kay Hymowitz nomme « une post-adolescence postmoderne ». Cet état de stase émotionnelle a été décrit dans des comédies de situation comme Seinfeld. Des jeunes hommes (et pas mal de jeunes filles) ne voient pas de raison convaincante d’entrer dans l’âge adulte ; il ne savent peut-être même pas ce que le mot signifie.
Pour les hommes, l’ajournement à prendre les responsabilités adultes s’explique partiellement par la disponibilité du sexe déconnecté de liens. « Si la culture propose un accès au sexe et n’exige pas en échange d’engagement personnel » écrit James Q. Wilson, « beaucoup d’hommes prendront le sexe à chaque fois. »
Le sexe, autrefois réservé au mariage, est maintenant presque toujours un aspect automatique de la relation amoureuse. Cela n’a pas clarifié la pensée ni enrichi les émotions. Le sexe désinvolte a créé un climat de cynisme chez les jeunes, qui prennent l’habitude de traiter les membres du sexe opposé comme des moyens en vue d’une fin. Faire du sexe une activité de loisir racornit la signification d’une cour amoureuse – et par là celle du mariage lui-même.
La modernité met fortement l’accent sur la liberté, mais n’a pas grand chose à dire sur comment en faire usage. Le parfait exemple est la révolution sexuelle, qui a eu un impact dévastateur sur la cour amoureuse et le mariage. En règle générale, il est difficile à ce jour d’affirmer que la révolution sexuelle a rendu les gens plus heureux. Il pourrait être plus facile de soutenir l’opinion contraire. Considérez par exemple, le taux de naissance hors mariage, actuellement de plus de 40% en Amérique et au Royaume Uni, ou l’épidémie de maladie sexuellement transmissibles.
La révolution sexuelle a été lancée par l’introduction de la pilule contraceptive féminine. Elle était censée « libérer » les femmes. Mais elle a eu nombre de conséquences imprévues – imprévues, à tous les niveaux, par ceux qui en faisaient la promotion la plus acharnée.
La Pilule a donné aux hommes la permission implicite d’avoir des relations sexuelles sans responsabilité ; ils pouvaient les réclamer sans se soucier des conséquences. Il est devenu plus facile pour les hommes de traiter les femmes comme un instrument de plaisir (certaines femmes ont réciproquement fait de même). La marchandisation du plaisir physique a vidé l’acte sexuel de sa signification nuptiale. Il en résulte que les hommes et les femmes se regardent les uns les autres d’une manière qui n’a guère à voir avec l’engagement au perpétuel don de soi qu’est le mariage. La Pilule a aussi aidé à créer une « culture du libertinage » qui – même des féministes à tendance libéralisatrice comme Donna Freitas le reconnaissent – a causé beaucoup de souffrance et de frustration, surtout chez les femmes. Il n’est pas difficile de voir que la promiscuité sexuelle, qui débute au campus universitaire, a débouché sur une kyrielle d’hommes et de femmes s’engageant dans le mariage avec une attitude consumériste blasée envers le sexe.
La Pilule a également participé a créer une culture de cohabitation avant mariage. En 1960, l’année de l’introduction de la Pilule, quasiment aucun couple ne vivait ensemble avant le mariage. Maintenant, 60% d’entre eux le font. Et il se révèle que la cohabitation n’est pas une introduction facilitant le mariage. Pour une bonne raison : elle enseigne le sous-engagement, chacun son nom et son compte en banque, un accord que « nous pouvons résilier à notre convenance. » Beaucoup de couples découvrent trop tard que la cohabitation et le mariage, ce n’est pas du tout la même chose.
Remettre sur les rails l’institution du mariage impliquera de remettre à l’honneur la cour amoureuse, bien que différemment de ce qu’elle était il y a soixante ans. Une étudiante diplômée de 23 ans me disait récemment que le scénario actuel est de se mettre en ménage avec un type qui deviendra peut-être ou non votre mari et de ne pas penser au mariage avant l’âge de trente ans. Sa génération a besoin d’entendre que c’est souvent la bonne formule pour se trouver malheureux la cinquantaine arrivée.
George Sim Johnston, journaliste et écrivain américain
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