Changer la France par le bas de Michel GODET


Nos politiques, de droite comme de gauche, ont beau dire et s’agiter, ils sont impuissants face au chômage.
La politique de l’offre prônée par François Hollande restera sans effets si elle ne s’accompagne pas d’une véritable réduction des dépenses publiques, la mère des réformes. On s’enfonce ainsi dans les déficits publics Ce gaspillage des dépenses publiques est régulièrement épinglé par la Cour des comptes.

 Il est pourtant possible de faire plus et mieux de services publics en dépensant moins, comme Jean-Pierre Gorges à Chartres. Ce député maire issu de la société civile n’a cessé, depuis sa première élection surprise, en 2001 de baisser chaque année le taux des impôts locaux tout en développant à un rythme impressionnant la communauté d’agglomération de Chartres. Ce miracle républicain s’explique par le bon sens et la saine gestion. 
On a tout essayé pour l’emploi, sauf ce qui marche à l’étranger mais aussi chez nous, où certains territoires comme le pays de Vitré ont un taux de chômage de moins de 6 %. L’explication est simple : il faut pour cela des élus compétents, au service de l’intérêt général et, naturellement, accueillant les entreprises avec de faibles taxes sur leur activité.

La Vendée est aussi un modèle de dynamisme économique marqué par une histoire collective tragique : « Ce qui nous a sauvés et a permis notre développement, c’est de ne rien attendre de l’État », répète à l’envie Alain Gérard, l’historien de la Vendée. 
Avec des réglementations qui sont pensées et imposées d’en haut par une noblesse d’État qui n’a d’autre expérience de la vie que celle des concours et de l’administration. Elle regarde la France à la jumelle et a appris l’économie dans les livres. Partout, l’administration centrale bride les initiatives et l’expérimentation et, quand elles réussissent, s’oppose à leur déploiement sur le territoire national. 

Dans la logique de la France centralisée, tout se passe comme si une bonne idée ne pouvait venir que d’en haut.
Les majorités changent, mais les bureaucraties demeurent. Ainsi, nous rencontrons sous le gouvernement Valls les mêmes obstacles au bon sens que sous le gouvernement Fillon. Si le Front national prospère, c’est aussi parce que ces pratiques, dignes de l’ancien régime, exaspèrent le peuple des actifs. Ils désespèrent de cette France d’en haut qui règne en raison de son appartenance plus que de sa compétence et donne trop souvent l’impression de se servir au lieu d’être au service de l’intérêt général. L’espoir de la France est d’échapper aux jacobins incompétents de droite comme de gauche, pour redonner la liberté aux territoires et aux entrepreneurs de prendre leur avenir en main.

 Il s’agit de changer de logiciel mental, en passant d’une logique d’assistance à une logique de responsabilité, d’une logique de soumission à une logique d’initiative et d’expérimentation.
Quand la réalité du terrain dépasse le rêve, alors il faut continuer à rêver. À deux ans d’élections présidentielles qui s’annoncent désespérantes, seul un chevalier blanc pourra ouvrir les portes du changement par le bas.

MICHEL GODET Auteur de « Libérez l’emploi pour sauver les retraites : 20 propositions », Odile Jacob, 2015. 

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