Théorie des deux plein-temps et demi - réponse de Barnabé


Première réaction, à chaud (donc très amenée à évoluer à mesure que la réflexion se fera). Premièrement, nous ne savons pas du tout comment les choses vont s'articuler dans notre couple.  Il est extrêmement probable qu'on se distribuera les cartes une fois que des enfants pointeront le bout de leur nez. En mettant dans la balance les aspirations de chacun et la contribution de ces aspirations au bien-être du foyer. 
Deuxièmement, à la lecture de ce bulletin, je remarque que toutes ces réflexions sont toujours orientées autour du temps. On considère le temps comme une ressource autonome, comme si 24h valaient toujours 24h. Le temps n'est que le carburant dans la réaction. Il a une capacité calorifère bornée : parce qu'il y a des choses qui demandent du temps. Une première erreur qui est faite par beaucoup n'est-elle pas de croire que nous pourrons arriver à contracter la durée de toutes les actions, sans incidence sur la consistance du résultat ? Seul le temps donne la profondeur aux choses. En essayant de tout accomplir plus vite, on risque de ne faire que des imitations vides, des coquilles (la cuisine constitue un excellent exemple). 
Mais surtout, je pense qu'on peut aborder les choses sous un autre angle que celui du temps. Si ce dernier est le carburant, l'énergie dont chacun dispose, à chaque instant, est le comburant qui détermine la qualité de l'emploi du temps. En gérant son énergie et la distribuant aux moments les plus opportuns, il est possible de donner de la viscosité au temps, de lui donner de la consistance. Le temps disponible est fixe. Quoi qu'il arrive, chaque jour ne comportera jamais plus et jamais moins que 24h. Mais chaque jour peut être l'occasion d'affiner l'utilisation et la génération d'énergies. Chaque activité, si on s'autorise à s'y engager pleinement, permet de recréer ses stocks d'énergie pour d'autres domaines. Ainsi, en s'adonnant à une activité fortement émotionnelle, comme prendre du temps avec sa famille, permet de restaurer par exemple l'énergie mentale nécessaire à une activité de réflexion. De même, lors de cette réflexion, ou d'une phase de création intense, il est possible de regagner de l'énergie "émotionnelle" pour mieux aborder les aléas et contrariétés. L'énergie physique dépensée permet de restaurer les deux autres stocks. En raisonnant comme ça, on peut créer des blocs "énergie x temps" cohérents et consistants. 
On n'a pas de prise sur le temps. Aborder la disponibilité et l'activité en termes de temps, c'est s'exposer à la frustration de devoir continuellement lutter contre un courant dont la force nous dépasse. En revanche, gérer son énergie, c'est savoir profiter du courant et mieux s'élancer avec lui. On a une prise sur son énergie, on n'en a pas sur son temps. Avant de nous demander si nous accordons suffisamment de temps à nos proches, demandons-nous si nous leur accordons suffisamment d'énergie, si le temps que nous passons avec eux, nous le passons vraiment avec eux. 
Quand nous parvenons à accorder pleinement notre énergie avec l'instant vient une sensation de consistance du temps. C'est la plénitude, une sensation d'harmonie, une satisfaction de se trouver vraiment présent, d'habiter le temps et l'espace. C'est le sentiment procuré par une action parfaitement exécutée, par le rythme ou la mélodie d'une musique qui nous fait vibrer, c'est le sentiment, quand on plonge son regard dans celui de l'autre, ou qu'on s'investit dans une conversation, que le temps s'est arrêté. On ne sent la force du courant que quand on s'y oppose. Et celui-ci nous emmène bien plus loin quand on accepte de s'engager vraiment dedans. 
Je sais que je ne suis pas efficace pour travailler en début d'après-midi, mais que ce moment peut être formidable pour la créativité, le développement des idées etc. Du coup, passer une demi-heure à réagir à ce bulletin a été un bien meilleur emploi de mon énergie que si j'avais dépensé beaucoup d'énergie à me remettre à la rédaction de mon CCTP. Pendant ce temps j'ai reconstitué un stock d'énergie de volonté (comment traduire will power ?) pour poursuivre l'après-midi de manière productive. Si j'avais continué à puiser dans ce stock, tout le reste de l'après-midi aurait été perdu. Quand j'aurai bien travaillé, fier de moi, je me sentirai émotionnellement reposé, ce qui me permettra de profiter pleinement de ma soirée avec ma compagne.  
Tous les hommes n'ont jamais disposé que de 24h par jour pour s'accomplir, et force est de constater que certains réussissent à employer ces 24h bien mieux que d'autres. Quel est le secret de ces personnes qui semblent réussir à concilier si bien une vie professionnelle remplie, une vie de famille, des activités extérieures ? Comment s'explique l'adage "The busiest man has the most time to spend ?". Justement parce que ces personnes sont souvent celles qui connaissent le mieux comment et quand employer leur énergie. Parce que la personne la plus occupée du monde a du faire l'effort de se demander comment gérer cette énergie. Et si Churchill pouvait se permettre de peindre et de faire la sieste tous les jours pendant la guerre, c'est justement parce que cette pratique lui fut salutaire et lui permit de se dégager du temps... pour faire la sieste et peindre tous les jours pendant la guerre. 
Sur ce, je retourne à mon CCTP. La plupart de cette réflexion découle de la lecture des livres "The power of full engagement" et "Les douze lois du cerveau" (Réf. précises à retrouver). 
Barnabé "
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