Pour vous donner envie de de participer au concours "Bonne Fête Maman"(http://faef.blogspot.fr/search/label/CONCOURS) voici pour vous l'histoire écrite par Edouard Jauffret en 1941.


                                                 Les gâteaux
« Nous n’avons jamais été riches. Mais nous ne l’avons jamais été aussi peu que dans ce temps-là. En tout, maman devait veiller à la plus grande économie. Cependant, de loin en loin, elle décidait d’enrichir le repas de quelque pâtisserie qu’elle savait faire. C’était un grand jour ! Quand je pouvais assister aux détails de la préparation, je ne songeais pas à jouer.
Je vois encore maman casser les œufs, verser la blanche farine, la pétrir avec du beurre ou avec du lait. Le moindre de ses gestes me paraissait important. Puis la pâte était mise au four dans la cuisinière. De temps en temps maman ouvrait le four, pour surveiller la cuisson. Gare à moi si je l’avais fait en cachette ! Cela aurait pu nuire à la bonne marche des opérations. Enfin maman sortait son gâteau qui était prêt, doré, superbe, appétissant. Et je poussais des cris d’admiration.
Quelquefois, maman profitait de mon absence pour faire sa pâtisserie. Elle avait soin, alors, de bien ranger tous ses ustensiles avant mon arrivée. Mais, le plus souvent, dès que je rentrais, je remarquais, même faible, l’odeur laissée dans la cuisine par la pâte chaude. Aussitôt je m’écriais :
« Maman ! Tu as fait un gâteau… »
L’air très sérieux, maman assurait :
« Mais non ! Mais non ! Tu te trompes… »
Alors j’ouvrais le placard, le buffet, j’allais voir dans la chambre. Et, finalement, je découvrais le gâteau, caché à l’endroit où je l’attendais le moins. Et c’étaient des rires. Maman qui avait suivi mes recherches, s’exclamait :
« Je voulais, le sortir au dessert seulement. On ne peut jamais te faire une surprise ! »

Le moment heureux arrivait. La soupe achevée, maman apportait son chef-d’œuvre dans un plat à fleurs. Papa le découpait avec un certain respect. Quelle saveur délicieuse ! Nous étions réjouis, vraiment. Et je n’aurais pas imaginé qu’il pût y avoir de pâtisserie meilleure, ni plus fine. »

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