Nos enfants sortent ignorants de l'école...


Nos enfants sortent ignorants de l'école, plus ou moins certes, mais la différence n'est que de degrés. Nous n'introduisons plus les enfants dans le monde vieux, très vieux, dans lequel ils entrent, nous ne leur donnons plus à connaître et à aimer cette histoire unique, singulière qui est celle de la France, et qui leur sera demain confiée afin qu'ils en endossent la responsabilité (…)
Et le peu qu'ils en savent porte sur les pages les moins glorieuses de notre histoire. Comment aspireraient-ils à répondre d'un tel legs et à le continuer, l'enrichir, et non à le mépriser, voire à prendre les armes contre lui?
Cette crise de la transmission, le projet de «refonte du collège» défendu par Najat Vallaud-Belkacem, ne le résout nullement. Au contraire, il l'aggrave. Ce projet sur lequel, et c'est hautement significatif, Najat Vallaud-Belkacem a exclu de revenir parachève un processus déjà bien avancé de transformation de l'école en vaste centre d'animation et des professeurs en animateurs d'activités dites éducatives. (…)
Or, si nos enfants n'apprennent plus rien, ce n'est pas que l'école soit par trop tributaire des pratiques obsolètes de l'école de la Troisième république mais parce que nous avons sapé les bases de tout apprentissage, de tout appropriation possible du savoir. La transmission, pour s'opérer, est d'abord une question de dispositif: pour apprendre, il faut être libéré de soi et libre pour autre chose que soi. L'attention, la disponibilité, la réceptivité sont les conditions mêmes de l'apprentissage et ce n'est pas être élitiste que de défendre une école qui garantisse ces conditions aux élèves. Ce n'est surtout en mettant en mouvement, ainsi que Najat Vallaud-Belkacem, n'ayant d'autre souci que de chasser l'ennui, le propose, que l'on sauvera l'école.
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Il faut instaurer des états généraux de l'école. Chacun serait contraint de jouer cartes sur table: les professeurs, les parents, la société. Les parents notamment qui, d'un côté réclament une école qui instruise leurs enfants, et de l'autre, demande une institution bienveillante à l'endroit de leur progéniture, se plaignent de la surcharge de devoirs à la maison.

Il faut choisir: soit prononcer le requiem de l'école en tant que lieu de formation de l'homme en son humanité et annoncer, claironnant, l'avènement d'une école destinée à occuper, divertir, épanouir la jeunesse, la «sensibiliser» -le maître mot de toutes les réformes-à tout et n'importe quoi; soit restaurer les conditions de la transmission.

Bérénice Levet, docteur en philosophie et professeur de philosophie à l'Ecole Polytechnique et au Centre Sèvres. 
                                      ************************* 19 mai 2015