Mensonge de la parité


La condition des femmes est indissociable de la condition des hommes. L’équilibre et le progrès de notre société ne peuvent être assurés sans un dialogue permanent entre les deux moitiés qui la composent.
Libération sexuelle : l’émancipation des riches
Les féministes mettent tous leurs efforts dans une libéralisation accrue de la contraception et de l’avortement. L’accès à la « pilule du lendemain » a été facilité, y compris dans les écoles ; l’interruption volontaire de grossesse est désormais gratuite ; l’État la rend disponible « à proximité » de toutes les demanderesses ; la « semaine de réflexion préalable » a été supprimée, etc. Selon les ministres et les députés qui ont voulu ces mesures, les Françaises bénéficient ainsi d’une liberté plus grande. Des sondages semblent montrer que l’opinion publique approuve massivement ces « avancées ».
Ne nous laissons pas prendre à des apparences. La réalité est plus complexe et moins flatteuse.
D’un côté, se trouvent des privilégiées dont les diplômes universitaires, les revenus, les relations de travail leur assurent une grande indépendance de vie. La rivalité avec les hommes ne leur est pas défavorable. Elle les stimule plutôt. La solitude matrimoniale ne les effraie pas. Quand elle n’est pas voulue, elle cesse rapidement. Pour elles, la contraception et l’avortement sont « l’exigence la plus élémentaire », sans laquelle leur égalité avec les hommes serait impossible.
À l’inverse, les femmes sans diplômes, sans ressources propres, sans possibilité d’ascension sociale, se sentent plus victimes que bénéficiaires de l’émancipation que le gouvernement leur offre. La contraception et l’avortement leur donnent, certes, un pouvoir discrétionnaire sur la vie de leurs enfants à naître mais, en contrepartie, la création d’une famille, le mariage, la contribution du père à l’éducation des mineurs, sont des choix qui relèvent exclusivement du bon vouloir masculin. Or ces femmes ont un besoin impérieux de partager avec un conjoint des charges trop lourdes pour elles seules.
L’instabilité des couples, le foyer monoparental, la dérobade des hommes, sont des défis faciles à relever dans les catégories aisées ; mais ils renvoient les femmes défavorisées en bas de l’échelle sociale où elles forment la majorité des exclus et des marginalisés.
Le pouvoir, pas la justice
Il est frappant d’observer que les mesures les plus importantes prises sous l’impulsion des féministes concernent des enjeux de pouvoir : parité systématique dans les candidatures aux élections, quasi parité dans les conseils d’administration, objectif de parité dans les métiers valorisants de l’audiovisuel (journaux télévisés notamment). Là, les contraintes légales d’égalité entre hommes et femmes sont strictes et les sanctions lourdes en cas de défaut.
Mais, quand le ministre se penche sur le sort des mères de familles monoparentales ou des femmes abandonnées sans ressources par leurs conjoints, ses bonnes paroles couvrent des projets vagues et des mesures timides. Les inspiratrices de « l’égalité réelle » se soucient plus de pouvoir que de justice. Pour elles, les hommes sont des concurrents à contrôler et non pas des partenaires à solliciter.
 C’est ainsi que l’action des féministes s’enfonce dans une contradiction curieuse : ce qui fait leur orgueil, conduit à la déchéance des femmes les plus nécessiteuses sous le regard indifférent des hommes. Mais elles ne veulent pas le voir.

Michel Pinton, ancien député au Parlement européen
                                                ****************** 4 mai 2015