La mère au foyer comme chef d’entreprise


Toujours aussi répandue l’idée que seul un emploi peut donner à la femme l’autonomie à laquelle elle a droit. Rester « enfermée » chez elle, à élever les gosses et faire le ménage, c’est de l’esclavagisme.

Est-on plus autonome à pointer à l’heure au travail, à faire séance tenante ce que toute une hiérarchie de chefs veut vous voir faire comme ci et non comme ça ? À rester scotchée à une chaise pour voir les clients défiler à la caisse et enregistrer leurs achats ? À mettre en œuvre des directives définies par d’autres ? À écrire des rapports qui tombent dans les oubliettes ? À s’occuper des enfants des autres en tenant compte des mille et une consignes et normes alors qu’on attend l’heure de retrouver les siens ? À subir des temps et conditions de transports épuisants ?

La femme qui choisit de « rester à la maison » pour élever ses enfants se sent-elle prisonnière lorsqu’elle organise son temps à sa façon et que les heures de la journée sont variées entre ses différentes tâches de maîtresse de maison, mère et épouse, et autres engagements culturels, associatifs ou politiques ? Et tous les jours de la semaine, à aucun autre semblable, ne doit-elle pas multiplier les initiatives et exercer tour à tour des métiers aussi variés que DRH, DF, cuisinière, professeur, lingère, chauffeur, décoratrice, infirmière, psy, le tout si possible avec diplomatie, endurance, finesse, intelligence, intuition…et surtout, beaucoup d’amour.

Pourquoi ne développerait-elle pas aussi, selon le rêve de Najat Vallaud-Belkacem, des talents de « peintresse », « maçonne » et « menuisière » pour améliorer son intérieur ! Et tout ceci pas forcément toujours seule, mais outre la présence « babillante » des enfants une partie du temps, elle peut développer toute une vie associative, culturelle ou sociétale aussi utile qu’intéressante et dont sont privées les femmes assujetties au rythme métro-boulot-dodo. Si en plus la famille est nombreuse, comme c’est le cas pour beaucoup des femmes « inactives » au foyer, c’est toute une TPE (Très Petite Entreprise) qu’elles dirigent.

 Entendons-nous bien. Nous savons que ce mode de vie ne convient pas à toutes les femmes et contrairement à ce qu’essaie de faire le gouvernement il faut bien se garder d’imposer un modèle unique et donc de culpabiliser celles qui choisissent une voie différente. Travailler à l’extérieur ou femme au foyer, chacun peut avoir ses impératifs et ses goûts et l’important est de pouvoir choisir sans être soumis aux modes. Le rôle de l’Etat est non pas d’imposer sa façon de voir mais de garantir le libre choix. Et l’un des principaux critères de ce choix est le bien-être des enfants


Claire de Gatellier  « Les femmes au travail… à tout prix ? » avril 2014

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