Mère au foyer: choisir de rester à la maison (suite et fin)

de Anne Bersot
 Les défis à relever
Il y a des phases normales dans la vie d'une mère au foyer : au début, c'est l'euphorie, on goûte avec soulagement l'absence de contraintes horaires, le patron n'est plus sur notre dos à nous mettre la pression. On est ravie d'être à la maison, de faire des petits plats, de décorer, de chouchouter notre maisonnée. Puis vient le temps ou ça commence à être assez ennuyeux et routinier, on commence à trouver le temps long, de ne pas « voir du monde », d'être coincée entre quatre murs à changer des couches culottes et préparer des biberons. Ensuite vient un temps particulièrement ingrat où l'on s'aperçoit que notre travail n'est pas reconnu (le mari rentre le soir et s'étonne de nous voir épuisée « de n'avoir rien fait », les enfants plus grands qui salissent là où on a passé du temps à nettoyer et ranger...). On a de la frustration, on en a assez des regards méprisants des gens, on a parfois dans les moments les plus sombres, l'impression d'être un parasite improductif de la société.
Mieux vaut être prévenue à l'avance et ne pas idéaliser : rester à la maison, ça va être un don de soi et une activité à gérer avec intelligence pour ne pas se retrouver dégoûtée après quelques années et regretter son choix.
Le renoncement à l'indépendance financière
Certaines femmes qui ont eu l'habitude d'avoir leur propre salaire à gérer se sentent mal à l'aise de dépenser l'argent gagné par leur mari. C'est un peu humiliant, surtout si le mari a la délicatesse de faire remarquer avec plus ou moins d'humour « moi je gagne l'argent, ma femme le dépense ». Nos grands-mères ne se sont jamais posé la question, et il était communément admis dans toutes les sociétés, et ce depuis la nuit des temps, que c'était le père de famille qui pourvoyait aux besoins de la maisonnée. Là les féministes rugissent et brandissent le droit à l'indépendance. Chacun fait son choix. Lorsque l'on vit dans un foyer équilibré, avec un père et une mère responsables et présents, qu'il y a un vrai amour et une confiance mutuelle entre les époux, l'économie familiale doit être considérée comme une répartition des tâches et responsabilités, la mère comme le père apportent leur pierre à l'édifice familial, il n'y a pas d'histoire de domination là-dedans. En bonne économiste, j'ajouterais qu'économiquement parlant, la mère qui élève ses enfants est aussi créatrice de richesse. Si vous en doutez, faites une évaluation chiffrée de la valeur des tâches qui vous incombent par jour au tarif d'une personne extérieure : ménage 3heures à 10 dollars, garde d'enfant, 24 heures à 50 dollars, préparation des repas 3X10 dollars, gestion de budget et secrétariat familial : 15 dollars de l'heure, etc. A ces tarifs-là, vu que je suis « de service » 24 heures sur 24 et 365 jours par an, je gagnerais plus cher que mon mari !!!!
Quel est notre choix de vie?
Là je vous repose la question fondamentale : « Que voulons-nous vraiment ? » Que nos enfants soient élevés dans les meilleures conditions ? Que notre maisonnée tourne bien ? Que l'atmosphère à la maison ne soit pas survoltée ? Que nos enfants grandissent avec un équilibre émotionnel et un développement idéal ? Ou bien plaçons-nous en premier notre valorisation sociale, notre épanouissement personnel, et aussi l'abondance matérielle de la famille ? Nous vivons dans une société qui valorise la réussite professionnelle, l'indépendance financière, la productivité, et le pouvoir d'achat. Le leitmotiv de la société c'est l'épanouissement personnel, le JE, si important, la satisfaction des besoins égoïstes, et la consommation effrénée. Pas étonnant que la mère au foyer n'ait pas la cote dans cette société ! Etre une mère au foyer, c'est faire passer les besoins des autres avant les siens, c'est donner et se donner sans compter, et sans reconnaissance en retour, c'est prendre le risque de se retrouver sans rien plus tard, de ne pas retrouver de travail, d'hypothéquer sa retraite et dans le scénario catastrophe, de se retrouver un jour seule et dans le pétrin. Je comprends que certaines femmes hésitent à prendre tous ces risques.
Des enfants nous sont confiés pour que nous en prenions soin, et que nous les élevions du mieux que nous pouvons. Nous avons des valeurs essentielles à leur transmettre que les systèmes de garde séculiers ne leur transmettront pas. Nous avons de l'amour à leur donner et quand on travaille à l'extérieur, on ne peut pas donner autant, faute de temps et de disponibilité. Je crois fermement à l’importance que les mères se donnent sans compter pour leur foyer, qu'elles élèvent elles-mêmes leurs enfants et mettent pour un temps de côté leurs ambitions et leur bien-être personnels. Les notions de sacrifice, de don de soi ne sont pas à la mode, c'est même le contraire de ce que la société enseigne, mais …
Alors que j'assistais à une conférence il y a quelques années, une femme brillante, ex-haut fonctionnaire, bardée de diplômes, et qui n'avait plus rien à prouver à personne sur ses capacités, a partagé avec nous son expérience personnelle de maman au foyer. Sa conclusion m'a beaucoup marquée : elle a interpellé toutes les femmes qui se trouvaient là et a dit ceci « Vous voulez changer les choses dans votre pays ? Alors retournez dans vos foyers et prenez en soin, c'est comme ça que la société changera vraiment et que les lèpres qui la rongent seront guéries ». Je vous laisse méditer là-dessus...

Maintenant quand on vous demandera votre profession, ne répondez pas "je reste à la maison", ou "sans profession", répondez plutôt en relevant fièrement le menton: "je suis investisseur en capital humain"...
                                                  ********************10 avril 2015