Mère au foyer : choisir de rester à la maison


Le gynécologue était plongé dans ses paperasses, et sans me jeter le moindre regard, me posait froidement les questions d'usage : Quel âge avez-vous ? Situation de famille ? C'est votre première grossesse ? Prenez-vous des médicaments ? Fumez-vous ? Avez-vous déjà utilisé des drogues ? Antécédents à signaler ? Profession ?..
Là, j'ai eu un moment d'hésitation : allais-je lui annoncer ma brillante carrière de jeune cadre que je venais de laisser, ou ma toute nouvelle « carrière », choisie de tout mon cœur : fonder une famille et m'en occuper ? Fièrement et posément, je lui répondis : « mère au foyer ». Il s'arrêta net d'écrire, releva le nez de ses papiers, et au-dessus de ses lunettes, me dévisagea avec une stupéfaction teintée de mépris. Mère au foyer ?.. Il se racla la gorge puis commença à m'expliquer lentement, comme si j'étais une demeurée, quels examens j'aurais à passer, quelles vitamines je devrais prendre, et quelles précautions quotidiennes mon nouvel état nécessitait. La moutarde commençait à me monter au nez, et je compris très vite que ma nouvelle « carrière » de maman à la maison n'impressionnerait jamais personne. Je faisais désormais partie de cette espèce en voie d'extinction : la maman à plein temps.
Les médias les appellent les femmes au foyer, les instituts officiels de statistiques les classent parmi les « inactifs », sur les déclarations d'état civil elles apparaissent « sans profession », beaucoup de célibataires leur envient leurs maisons pleines de rires d'enfants, les femmes qui travaillent lorgnent de leur côté en se disant qu'elles ont « bien de la chance de pouvoir se le permettre », ou bien disent en secouant la tête avec une moue septique que « jamais elles ne pourraient rester cloîtrées entre leurs quatre murs, c'est bien trop «sclérosant » . Pour nos grands-mères, être au foyer et élever les enfants était la normalité, deux générations plus tard, rester au foyer est devenu une exception, presque une tare. Alors pourquoi faire ce choix ?

Faire garder un enfant à l'extérieur nécessite toute une armada de professionnelles reconnues, puéricultrices, aides puéricultrices, nutritionnistes, psychologues, éducatrices, mais si une femme fait ce même travail à la maison, pour ses propres enfants, son travail est rarement reconnu et toujours sous évalué. Désolée de le dire aux septiques, mais un enfant, ça ne « pousse » pas tout seul, et c'est toute une profession, tout un défi, d'être maman à la maison. Tous les professionnels de l'enfance, pédo-psychiatres en tête, s'accordent à dire que rien ne remplace le contact mère-enfant, surtout dans les premières années de sa vie. C'est dans ce cœur-à-cœur idéal avec sa mère que le bébé va développer son plein potentiel au niveau émotionnel, psycho-moteur et intellectuel. Aucune garderie, même la plus moderne, aucune gardienne, même la plus zélée et compétente, ne peut remplacer la présence de la maman. Je ne voudrais pas que les mamans qui travaillent par choix ou par obligation se sentent jugées ou mal à l'aise par mes propos, mon but est d'encourager celles qui hésitent à faire le pas, ou qui se sentent inutiles et incomprises chez elles.
Par Anne Bersot  -  A suivre...
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