"Le bonheur en famille"


Je n’aime pas les gros mots. Je les aime encore moins lorsqu’ils sont dits par des enfants et j’en ai horreur lorsqu’ils sont dits par nos enfants à nous. Mais pour tous les enfants du monde il y a une période « pipi-caca » à laquelle on a du mal à échapper. 
Cela faisait déjà plusieurs jours, voire plusieurs semaines que nos trois aînés chantaient criaient ou psalmodiaient sur tous les tons des pipi-caca-crotte et autres joyeusetés sans que j’arrive à endiguer le flot. Je leur ai d’abord gentiment expliqué que ces mots-là n’étaient pas très intéressants. Je me suis fâchée ensuite, j’ai grondé. Le ton a commencé à monter et bien sûr, plus je m’énervais, plus cela réjouissait les enfants.

Un jour j’ai eu une bonne idée, en fait j’étais tellement énervée et incapable de réfléchir que c’est bien étonnant, mais bon. Je leur ai dit très calmement : « Maintenant ça suffit cette histoire, je vois que vous ne pouvez pas vous empêcher de raconter toutes ces bêtises, donc vous filez dans votre chambre ». (Ils étaient tous les trois ensemble). « A chaque fois que ça vous reprend, vous allez chez vous, vous racontez tout ce que vous voulez mais je ne veux plus vous entendre sur ce sujet. Jamais. »

Cela aurait très bien pu ne pas marcher. Mais, j’ai eu de la chance. La première fois où ils ont fermé la porte derrière eux, ils ont commencé par crier cent fois les trois malheureux gros mots qu’ils connaissaient. Au moment où ils se disaient sans doute que c’était beaucoup moins drôle quand je n’étais pas là pour m’énerver, leur regard est tombé sur leur petit magnétophone. Et là ça a été le délire, en solo, en chœur, doucement ou en hurlant, ils se sont enregistrés avec force rires gras et disputes. Du salon où j’étais, je me suis bien gardée d’intervenir. Je ne pouvais pas m’empêcher de rire d’ailleurs. 
Après tout s’est enchaîné, je les voyais de temps en temps partir dans leur chambre, brancher leur magnéto, écouter leur enregistrement, hurler de rire et revenir tranquillement.

Et puis, petit à petit la crise est passée, ils ont joué à autre chose et je me suis rendue compte que c’est en évitant la confrontation directe, avec de l’humour et un peu de hasard que le problème s’était réglé. Bonne leçon ! Ah, c’est dur d’être parents. :-)

B. Janilec
                                 ******************* 10/04/2015