Les nouvelles femmes au foyer


Un jour, elles se sont dit : C’est fini, j’arrête ! Le métro, le boulot et la vie qui va avec : elles ont tout quitté pour réinventer une vie en général en couple avec des enfants.
Décider de ne plus travailler alors que règnent le chômage, la peur de perdre son poste, la course à la recherche d’emploi ? Cela semble impensable. Certaines pourtant ont fait ce choix. Elles n’ont pas pris cette décision sur un coup de tête ni par dégoût de leur métier, quoique parfois….mais pour adopter un autre mode de vie, se consacrer à d’autres activités plus prenantes : élever leurs enfants, pratiquer un art de vivre autrement, hors du système. Ni étudiante, ni retraitée, ni chômeur, elles doivent souvent cocher la case « inactif » dans les sondages ou les papiers administratifs, et pourtant inactives elles ne le sont pas.
A la maison il n’y a plus qu’un salaire pour deux et plus, et comme ils ne sont pas rentiers ni gagnants du Loto, ils ont réduit leurs dépenses, et disent s’en satisfaire. Parfois même y avoir gagné en qualité de vie et en cohérence avec eux-mêmes.
Pourtant aujourd’hui travailler c’est exister. Ainsi, « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » est  la  question qui revient rituellement lors d’une première rencontre. Ces quelques mots – et le fait que chacun comprenne aussitôt qu’ils concernent le travail ! – montrent à quel point nous avons intégré l’idée que l’emploi est la source de notre identité, et la clé d’une vie autonome et épanouie. Dans notre société bon gré mal gré, nous devons croire que le travail reste le terrain privilégié de l’accomplissement des potentialités et de la réalisation de soi.
Ça peut être vrai bien sûr et c’est bien le discours de nos gouvernements et de nos médias, mais cela laisse penser que l’on ne peut trouver cet accomplissement que dans le travail rémunéré, or quasiment tout ce que vous faites de façon salariée peut  l’être aussi de façon gratuite ou bénévole, et même plus car il y a tellement peu de bénévoles pour tellement de choses à faire que l’on vous donne toujours un poste au top de vos possibilités. La différence c'est que vous choisissez quand et combien de temps vous pouvez le faire. Alors qu’est ce qui comble l’être humain : ce qu’il fait, ou la rémunération qu’il en reçoit ?
Il faut aller le demander aux autres, ces nouvelles femmes au foyer justement. Certes, il leur faut une période d’adaptation avant de se retrouver à l’aise devant un agenda vide et une liberté toute nouvelle qu’il va falloir apprendre à maîtriser. Il faut aussi faire face à la diminution des revenus et au regard terriblement dévalorisant de la société. Mais ensuite, lorsque l’acclimatation est faite et avant de reprendre éventuellement un travail, elles n’hésitent pas à dire comme Delphine : « En un an et demi ce regard a basculé, je n’ai plus à me justifier. Je me sens même privilégiée : mes amies qui travaillent rêvent de s’occuper de leur enfant, et moi, je retravaillerai un jour… quand j’en aurai bien profité.

Brigitte Janilec  - chronique : « La vie dans le bon sens » février 2011