Cela se passe en France...


«Costume sombre». Bien des invités au dîner d'Etat offert par la France en l'honneur du roi et de la reine de Suède ont été surpris par ce dress code à peine croyable. Ainsi donc, même pour une solennité très importante, les grands principes semblent révolus ; même lorsque la République française est censée «mettre les petits plats dans les grands», elle préfère désormais abdiquer et proposer une soirée «à la bonne franquette». Que ce genre d'indignité fasse honte à des millions de Français n'a pas l'air de gêner notre président ; à quand des plateaux repas en charentaises pour le pape ou pour la reine d'Angleterre?
Nul doute que, mardi soir, le roi Carl XVI Gustaf et son épouse, la reine Silvia, feront la comparaison entre cette recherche effrénée de «normalité» et le décorum qui entoura, en juin 1980, leur précédente visite d'Etat en France. A l'époque, un dîner de gala avait été donné, en grande pompe, dans la fabuleuse galerie de Versailles ; les invités d'alors portaient l'habit - entendez la queue de pie - et la robe de soirée! Autres temps, autres mœurs… Cette fois, l’Elysée n'a pas seulement renoncé à l'habit ; il a remisé le smoking au vestiaire!

Déjà, les gaffes et les faux-pas accumulés par le président de la République et ses ministres, lors de la visite d'Etat de la reine Elisabeth d’Angleterre, en juin dernier, m'avaient indisposé ; et je m'étais demandé s'il n'aurait pas fallu, en début de mandat, dispenser à ces malheureux quelques notions élémentaires de savoir-vivre et de protocole. Après tout, ce sont des choses qui s'apprennent - et puisque, visiblement, l'éducation de chacun n'y suffit plus, il pourrait être judicieux de pallier ainsi certaines insuffisances…
Allez savoir pourquoi, cela me rappelle une remarque amusante et juste, relevée naguère dans un roman de Philippe Barberotte: «Un aristocrate ne se comporte jamais comme s'il était seul, un bourgeois se comporte comme s'il était seul aussitôt que les autres ont tourné le dos, et un plouc se comporte comme s'il était seul en toute occasion.»
Franck Ferrand, journaliste, écrivain et conférencier
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